dimanche 22 mars 2009

APPEL A LA METAMORPHOSE DU MONDE Adresse aux artistes par Edgar Morin, Pierre Gonod et Paskua


APPEL A LA METAMORPHOSE DU MONDE

Adresse aux artistes

par Edgar Morin, Pierre Gonod et Paskua

Chers amis

Permettez nous de vous saluer et de vous féliciter pour votre initiative de former le groupe « Métamorphose ». Nous ne nous étonnons pas que les premiers à s’engager dans ce combat pour le futur soient des artistes. Ils ressentent plus profondément et plus vite que les autres la souffrance et les espérances du monde, leurs œuvres libèrent des forces génératrices – créatives. Nous vous invitons à mettre vos talents au service du vaste mouvement pour la métamorphose du monde dont vous serez les pionniers. L’œuvre singulière de notre ami Paskua en incarne l’avant-garde.

Vous êtes témoins et acteurs de la crise du monde qui affecte toutes les sphères. Une analyse systémique montre qu’elle est le résultat de l’enchevêtrement de multiples composants, des relations et rétroactions innombrables qui se tissent entre des processus extrêmement divers ayant pour sièges les systèmes économiques, sociaux, démographiques, politiques, idéologiques, religieux, l’éthique, la pensée, le mode de vie, l’écosystème, tous en crise.

Le vaisseau spatial terre n’a pas de pilote. Ses quatre moteurs, la science, la technique, l’économie, le profit, sont, chacun incontrôlé. En l’absence d’une gouvernance mondiale, le vaisseau va vers la catastrophe. C’est l’hypothèse la plus probable.

L’improbable c’est la capacité d’une guidance en temps utile pour suivre un autre itinéraire permettant de traiter les problèmes vitaux pour l’humanité, en premier lieu la dégradation de la biosphère sans oublier les menaces nucléaires qui ne sont pas disparues.

Il faudrait une métamorphose, qui dans l’état de conscience actuelle est une hypothèse improbable, quoique non nulle. Mais qu’est, au fait, une métamorphose ? Sinon le changement d’une forme en une autre, et, en biologie, une transformation importante du corps et du mode vie au cours du développement de certains animaux comme les batraciens et certains insectes. Ainsi on parle des métamorphoses du papillon ou des grenouilles. Ici l’auto-destruction est en même temps auto-construction, une identité maintenue dans l’altérité.

Plus généralement la naissance de la vie est une métamorphose d’une organisation chimico-physique. Les sociétés historiques le sont devenues à partir d’un agrégat de sociétés archaïques. Vie et société sont le produit de métamorphoses. Elles sont en danger. L’histoire c’est aussi l’issue tragique du développement d’une capacité à détruire l’humanité. Il y a donc la nécessité vitale d’une meta-histoire. Il n’a pas de fin de l’histoire, contrairement à la thèse de Fukuyama qui avait tiré du triomphe du capitalisme la conclusion de sa pérennité. Les capacités créatrices ne sont pas épuisées. Une autre histoire est possible.

Il y a des raisons d’espérer.

L’Homme Générique de Marx exprime ses vertus génératrices et créatrices inhérentes à l’humanité. Il y a toujours en lui ces capacités. On peut user de la métaphore des cellules souches dormantes dans l’organisme adulte et que la biologie moderne a révélées. De même, il y a dans les sociétés normalisées, stabilisées, rigidifiées, des forces génératrices-créatrices qui se manifestent. : « International art movement for the metamorphosis of the world » en est la preuve.

La crise financière et économique pousse actuellement nombre de dirigeants et d’économistes réveillés de leur torpeur à « réformer le capitalisme ». C’est une nécessité que certains considèrent encore comme une contrainte conjoncturelle. Mais il s’agit d’une crise systémique, beaucoup plus large et profonde, la crise planétaire multidimensionnelle. Et avec elle est concerné l’ensemble des peuples. C’est dans leur sein que vont s’éveiller des forces créatrices et une volonté transformatrice. Si une hirondelle ne fait pas le printemps, des signes forts sont apparus.

Ainsi, de Seattle à Porto Alegre s’est manifestée une volonté de répondre à la mondialisation techno-économique par le développement d’autres formes de mondialisation, allant vers l’élaboration d’une véritable « politique de l’humanité », qui devrait dépasser l’idée de développement.

Nul ne peut faire l’impasse sur l’aspiration multimillénaire de l’humanité à l’harmonie, qu’elle prenne la forme du paradis, des utopies, des idéologies libertaire, socialiste, communiste, puis des révoltes juvéniles des années 60 (Peace-Love). Cette aspiration n’a pas disparu. Elle se manifeste par des myriades de pensées, d’initiatives, d’actions multiples dispersées dans la société civile et qui sont ignorées par les structures politiques et administratives sclérosées.

Les grands mouvements de transformation commencent toujours de façon marginale, déviante, modeste, voire invisible. Il en a été ainsi des religions, de Bouddha, Jésus, Mahomet, du capitalisme, de la science moderne, du socialisme. Aujourd’hui l’alter-mondisme devient un terme à prendre à la lettre : l’aspiration à un autre monde.

Des centaines de propositions ont vu le jour, cela ne suffit pas à en faire un projet sociétal cohérent, alternatif, réaliste et visionnaire. C’est ce « supplément d’âme » que nous proposons avec les « 7 réformes fondatrices » d’une « Voie nouvelle ».

À cette fin, 7 orientations principales sont proposées : la réforme politique, politique de l’humanité et de civilisation ; réformes économiques ; réformes sociales ; réforme de la pensée ; réforme de l’éducation ; réforme de vie ; réforme morale.

1 La réforme politique : politique de l’humanité et de civilisation

La voie en a été tracée par des travaux successifs pour régénérer la pensée politique[1].

Il y a plus de 40 ans Edgar Morin constatait la crise de la politique à tous les échelons. La politique en miettes trahissait la difficulté, l’échec dans la gestation d’une politique de tout l’être humain, ou anthropolitique. C’est ce dernier concept majeur qui sera développé et enrichi dans des œuvres successives[2].

Aujourd’hui, avec la mondialisation, la crise politique est à la fois plus profonde et généralisée, elle touche tous les niveaux et conduit à veiller à penser en permanence et simultanément planétaire, continental, national et local.

La politique de l’humanité est planétaire et « la terre-patrie » est l’héritière concrète des internationalismes, encore en germe au sein de l’alter-mondialisme.

Il s’agit de sauvegarder indissolublement l’unité et la diversité humaine. Le trésor de l’unité humaine est la diversité, le trésor de la diversité est l’unité. Il s’ensuit la nécessité d’institutions planétaires pour la sauvegarde de l’humanité, compétentes pour traiter les problèmes vitaux et mortels de la biosphère, de l’économie, des inégalités sociales, de l’infériorité du statut de la femme, des armes de destruction massive.

Dans le monde global, le développement d’une conscience planétaire est la dimension du défi, et est inséparable de celle du destin commun de l’humanité. Cette conscience entière, encore embryonnaire, sera la condition de la réforme de l’ONU, instance d’une société-monde dotée d’un système juridique, d’une gouvernance, d’un horizon de démocratisation, de solidarité, de fraternité. À son tour l’institution rétroagira positivement sur le développement de la conscience planétaire.

C’est aussi à l’échelle globale qu’il convient de revenir sur l’idée de développement qui est devenu le leitmotiv de tous les discours politiques. Il faut dépasser cette notion ou développer l’idée elle-même.

Sa carence tient à son noyau exclusif technico-économique fondé sur le seul calcul. Le développement technico-économique est conçu comme la locomotive qui doit forcément entraîner démocratie et vie meilleure. La réalité est plus ambivalente. C’est aussi la destruction des solidarités traditionnelles, l’exacerbation des égoïsmes, et, finalement, l’ignorance des contextes humains et culturels. En effet, le développement tel qu’il est pratiqué s’applique de façon indifférenciée à des sociétés et cultures très diverses, sans tenir compte de leurs singularités, de leurs savoirs, savoir-faire, arts de vivre, y compris chez les peuples que l’on réduit à une vision analphabétisme alors qu’on en ignore les richesses de leurs cultures orales traditionnelles.

Le développement repensé doit respecter les cultures et intégrer ce qu’il y a de valable dans l’idée actuelle de développement, mais pour le concevoir dans les contextes singuliers de chaque culture ou nation.

La politique de réforme de la civilisation concerne toutes les parties du monde occidentalisé. Elle s’exercerait contre les effets négatifs croissants du « développement » de notre civilisation occidentale, viserait à restaurer les solidarités, re-humaniser les villes, revitaliser les campagnes. Elle renverserait l’hégémonie du quantitatif au profit de celle du qualitatif, de la qualité de la vie, « moins mais mieux », contribuerait à la réforme de vie.

Elle reconsidérerait nécessairement la notion de croissance, dépassant l’alternative croissance/décroissance, elle prendrait en compte ce qui doit croître ou décroître, ce qui doit demeurer stationnaire, au terme d’une réflexion plus complexe que la croissance à tout prix.

Une telle réforme, de portée planétaire pourrait et devrait être entreprise à l’échelle d’une nation, exemple pour son extension à l’échelle continentale. L’Union Européenne et l’Amérique Latine paraissent plus mûres pour s’engager dans cette nouvelle voie.

2 les réformes économiques

La débâcle financière, la récession économique, les plans de sauvetage du crédit, condition permissive du capitalisme, la protection par l’Etat d’industries entières comme l’automobile, la relance de dépenses d’infrastructure, conduisent les dirigeants d’un monde désormais pleinement capitaliste à essayer de le remettre sous contrôle, à placer « un pilote dans l’avion ». Simultanément à notre réunion et cet appel, le G20 se réunit. Nous verrons ce qu’il en sort. Nous verrons s’il s’agit d’un jeu à somme nulle, chacun protégeant son économie et se gardant que les partenaires en bénéficient.

Les victimes de la crise ne sont pas les banquiers, ni les riches, mais les gens pauvres des pays riches et les pauvres des pays pauvres. La récession crée du chômage, mais elle est aussi prétexte à licenciements pour, dans le cadre d’une compétition féroce, réduire les dépenses salariales afin d’assurer les profits. Les dirigeants du monde ne sont pas frappés subitement par la grâce de la nuit française du 4 août 1789 et l’abolition des privilèges, la plupart d’entre eux en sont les défenseurs. Il faut donc, en plus de la contrainte du sauvetage du système, la poussée des forces sociales dispersées dans le monde, pour donner un sens aux mesures et ouvrir une nouvelle voie, établir une institution permanente, sorte de conseil de la sécurité économique, chargé des régulations de l’économie planétaire et du contrôle des spéculations financières.

La sortie du modèle énergétique actuel est le grand chantier du siècle. Il n’est plus durable, non seulement en raison de l’épuisement, un jour ou l’autre, des ressources pétrolières, mais de la détérioration de l’environnement, du changement climatique dont il est vraisemblablement une des causes. On ne sous-estime pas le mouvement de recherche et développement d’amélioration des rendements énergétiques et des énergies renouvelables, mais le principal tient à la réforme du modèle de développement et à celle du mode de vie.

Il faudra faire face aussi à un autre défi mondial : nourrir l’humanité. Bien que le boom démographique se soit atténué, il n’en demeurera pas moins que dans 50 ans il y aura -sauf pandémie mondiale- 9 milliards d’êtres à nourrir. Les superficies cultivables n’étant pas extensibles, il faudra augmenter les rendements des terres. Comment ? Par l’utilisation massive des engrais et pesticides, dont on mesure les dégâts dans les pays qui ont industrialisé leur agriculture ? L’irrigation, qui consomme la plus grande part de l’eau, qui, par ailleurs, devient une ressource rare ? Par la modification génétique des organismes, avec les interrogations redoutables pour l’environnement et la mise en tutelle des paysans par les monopoles ?

Politiques de l’énergie et de la faim peuvent être en opposition. Celle des biocarburants à partir de produits agricoles signifie que la priorité est donnée, implicitement, au modèle de consommation actuel de l’énergie, et que le reste compte moins.

Il faudra que la communauté internationale fasse des choix clairs.

Quel autre modèle est envisageable ?

D’abord par un New Deal de grands programmes collectifs à l’échelle de l’humanité. Ces grands programmes mondiaux devraient être complétés par des programmes continentaux et nationaux

Le dégagement de la tyrannie des marchés internationaux requiert localement l’essor d’une économie plurielle. Des initiatives sont en cours, par exemple la création et l’extension des mutuelles, des coopératives de production et de distribution, les coopératives de femmes en Afrique et en Asie, le commerce de proximité de l’alimentation, le commerce équitable, des entreprises citoyennes, l’agriculture fermière et biologique, le micro-crédit, voire des monnaies locales. Toutes ces actions, au raz du sol, nées dans le système et à cause de lui, sont autant de chrysalides de la métamorphose

3 Réformes sociales

Le monde crie d’inégalités et d’injustices. Les idéaux libertaires, socialistes, communistes, ont historiquement combattu celles-ci. De nouveau l’internationalisme, mais planétaire cette fois, est à l’ordre du jour. La pauvreté continue à frapper une grande partie de la population du globe, alors que jamais les disponibilités scientifiques, techniques n’ont été aussi grandes. Les inégalités s’expriment grossièrement par les inégalités du PIB entre nations et par personne.

Le rêve ancien de l’utopie égalitaire, par exemple, un revenu universel d’existence, reste une visée qui n’est pas celle des institutions internationales actuelles. Les différenciations ont grandi avec la mondialisation. Le Tiers-Monde des années 60 a volé en éclats. L’économie pétrolière a donné une rente de situation aux pays du Golfe, qui ont fait appel à des migrants, corvéables et rejetables. La Chine, virée au capitalisme sauvage, réalise l’accumulation primitive sur le dos des masses paysannes. Sa percée industrielle pour les biens manufacturés, si elle permet, heureusement, des progrès du niveau de vie interne, a pour contre partie la suppression d’emplois ailleurs et une pression sur les salaires des pays développés. Le problème est devenu la répartition du profit à l’échelle mondiale. Comment permettre la progression du niveau de vie dans les pvd sans altérer celui des pays développés et résorber les inégalités partout ? Comment faire converger des forces sociales défendant leurs revendications nationales dans un ensemble plus vaste dominé par les firmes multinationales ?

Nous pourrions en Europe fournir de premières réponses. L’harmonisation salariale « vers le haut » est le combat à venir, car il est clair que le capital tentera de faire supporter le poids de la crise à ses salariés. L’harmonisation de la protection sociale, et celle de la fiscalité, sont d’autres chantiers.

Qu’en est-il aussi de la retraite des personnes âgées. Fort heureusement l’espérance de vie a augmenté suite aux progrès de la médecine et de l’hygiène. Mais cette prolongation est très inégale entre, par exemple Haïti et le Japon, et en France entre cadres supérieurs et ouvriers. La conséquence de l’allongement de la vie c’est le vieillissement de la population, et avec elle, partout, la difficulté du financement des retraites et de la protection sociale. Vaste question qui ne peut-être reportée en attendant l’hypothétique retour de la croissance et qui met à l’épreuve la solidarité intergénérationnelle. Des normes mondiales, là encore, seraient en phase avec le problème sociétal.

Les réformes économiques et sociales sont en relation récursive. Les choix dans la division internationale du travail déterminent les choix sociaux et réciproquement. Ils doivent être traités de pair en anticipant leurs conséquences, y compris leurs impacts géopolitiques.

4 réforme de la pensée

Il est difficile de penser le présent de la crise planétaire et ses perspectives. D’autant que la vitesse des transformations et la mondialisation qui agissent sur toutes les sphères brouillent les représentations. La complexité de la situation donne le vertige et conduit la plupart d’entre nous à un sentiment d’effroi et d’impuissance qui amènent à renoncer à sa compréhension et à l’action.

La compréhension du monde est impossible avec le morcellement actuel de la pensée. L’enfermement disciplinaire rend inapte à percevoir et concevoir les problèmes fondamentaux et globaux, d’où la nécessité d’une pensée complexe qui puisse relier les connaissances, les parties au tout, le tout aux parties, et qui puisse concevoir la relation du global au local et du local au global. Nos modes de pensée doivent intégrer un va-et-vient constant entre ces niveaux.

Pour dominer la complexité du monde, le système de pensée doit être complexe.

Si nos esprits restent dominés par une façon mutilée, incapable de saisir les réalités dans leur complexité et dans leur globalité, si la pensée philosophique reste enfermée dans des jeux de dentelle, alors nous allons vers des catastrophes. Seule une pensée apte à saisir la complexité non seulement de nos vies, destins, de la relation individu-société-espèce, mais aussi celle de l’ère planétaire, peut opérer le diagnostic de la course de la planète vers l’abîme, et définir les orientations qui permettraient de donner un fil directeur aux réformes primordiales.

En bref, seule une pensée complexe peut nous armer pour préparer la métamorphose globale, sociale, individuelle et anthropologique.

5 Réforme de l’éducation

Elle est peut-être la condition permissive de tout le reste.

L’éducation forme un guide d’existence, individuel et collectif, un modèle qui se transmet entre générations. C’est un système de puissance lourde, à inertie et temps long. C’est pourquoi elle est au cœur de l’évolution des sociétés.

La transmission de connaissances ne met pas à l’abri des erreurs et illusions qui parasitent l’esprit humain. Il s’agit d’armer chaque esprit dans le combat vital pour la lucidité. Il est donc nécessaire d’introduire et de développer dans l’enseignement l’étude des caractères cérébraux, mentaux, culturels, des processus et modalités des connaissances, des dispositions tant psychiques que culturelles. Cette remarque préalable soulève le problème de l’adéquation de l’éducation actuelle et de son contenant.

Les principes d’une connaissance pertinente sont les suivants : promouvoir une connaissance capable de saisir les problèmes globaux et fondamentaux pour y inscrire les connaissances partielles et locales ; enseigner la condition humaine ; expliquer l’identité terrienne ; éveiller à la compréhension de l’autre. Partant de ceux-ci il faut bâtir de nouveaux curricula.

L'enseignement doit contribuer, non seulement à une prise de conscience de la trinité individu-espèce-société, et ce qu’elle implique comme comportement vis-à-vis des autres et de la nature, avec notre Terre-Patrie, mais aussi permettre que cette conscience se traduise en une volonté de réaliser la citoyenneté terrienne.

6 La réforme de vie

C’est le problème concret sur lequel devraient converger toutes les autres réformes.

Nos vies sont dégradées et polluées par l’état monstrueux des relations entre les humains, individus, peuples, par l’incompréhension généralisée d’autrui, par le prosaïsme de l’existence consacrée aux taches obligatoires que ne donnent pas de satisfaction, et qui déferlent à présent dans le monde entier, par opposition à la poésie de l’existence qui est congénitale à l’amour, l’amitié, la communion, le jeu.

La recherche d’un art de vivre est un problème très ancien abordé par les traditions de sagesse des différentes civilisations et en occident par la philosophie grecque. La réforme de vie vise à régénérer l'art de vivre en art de vivre poétiquement. Elle se présente de manière particulière dans notre civilisation occidentale caractérisée par l'industrialisation, l'urbanisation, la recherche du profit, la suprématie donnée au quantitatif… Civilisation qui régit aujourd’hui sur la planète apportant non seulement ses indéniables vertus mais aussi ses moins indéniables vices et dégradations qui se sont révélées dans le monde occidental d'abord et qui déferlent à présent dans le monde entier.

L’homme vit aujourd’hui dans une « Technosphère ». Et il en fait partie intégrante. Malgré l’essor récent des biotechnologies, c’est la civilisation mécanique qui domine depuis la révolution industrielle du 20 e siècle, et dont la robotisation constitue le point dominant. Le chronomètre est le maître, et, avec lui, les cadences de travail, la réduction des temps alloués et le stress, les flux tendus dans l’entreprise, contraintes de la compétitivité et du profit à court terme. Les nouvelles technologies de l’information, potentiellement libératoires de la communication personnelle, deviennent une tyrannie avec le téléphone portable, la perte de liberté qui s’ensuit quand tout individu peut-être suivi voire traqué n’importe où. Ainsi, la combinaison de l’évolution de la civilisation industrielle sous l’emprise des nouvelles technologies, des nouvelles conditions du travail et du profit, provoque une mutation par rapport au temps, l’urgence se transforme en instantanéité. Le culte de l’urgence conduit à une société malade du temps, et qui perd le temps de vivre. Elle se défend en revendiquant du temps libre.

La société en devient consciente et réagit avec les moyens dont elle dispose. L’aspiration à « une vraie vie » se manifeste sous la forme d’antidotes au mal-être physique, moral et spirituel par le recours aux psychiatres, psychanalystes, aux psychotropes, addictions et drogues diverses. Elle se tourne aussi vers la religion, l’occultisme, pour satisfaire ses besoins spirituels étouffés dans une civilisation vouée aux besoins matériels, à l’efficacité et à la puissance.

La réforme de vie doit nous conduire à vivre les qualités de la vie, à retrouver un sens esthétique, à travers l'art bien sûr mais également dans la relation à la nature, dans la relation au corps, et à revoir nos relations les uns aux autres, à nous inscrire dans des communautés sans perdre notre autonomie. C'est le thème de la convivialité évoqué par Illich dans les années 70. Il existe aujourd'hui, un peu partout, des germes de cette réforme. Ils apparaissent à travers l’aspiration à une autre vie, le renoncement à une vie lucrative pour une vie d’épanouissement, les choix de vie visant à mieux vivre avec soi-même et autrui, ainsi que dans une recherche d’accord avec soi-même et le monde. Cette aspiration à vivre "autrement" se manifeste de façons multiples et l'on assiste à des recherches tâtonnantes, un peu partout recherche de la poésie de la vie, amours, fêtes, copains, raves parties. Si on considère ensemble ces éléments qui, séparément, semblent insignifiants, il est possible de montrer que la réforme de vie est inscrite dans les possibilités de notre civilisation. Le dénominateur commun en est : la qualité prime sur la quantité, le besoin d’autonomie est lié aux besoins de communauté, la poésie de l’amour est notre vérité suprême.

La prise de conscience que « la réforme de la vie » est une des aspirations fondamentales dans nos sociétés est un levier qui peut puissamment nous aider à ouvrir la Voie.

7 La réforme morale

Barbarie de nos vies ! Nous ne sommes pas intérieurement civilisés. La possessivité, la jalousie, l’incompréhension, le mépris, la haine, l’aveuglement sur soi-même et sur autrui sont notre quotidien. Que d’enfers domestiques sont les microcosmes de l’enfer plus vaste des relations humaines.

Nous retombons là sur une préoccupation très ancienne puisque les principes moraux sont présents tant dans les grandes religions universalistes que dans la morale laïque. Mais les religions qui ont prôné l’amour du prochain ont déchaîné des haines épouvantables, et rien n’a été plus cruel que ces religions d’amour.

Il semble donc évident que la morale mérite d’être repensée et qu’une réforme doit l’inscrire dans le vif du sujet. La réforme morale nécessite, d’abord, l’intégration, dans sa propre conscience et sa propre personnalité, d’un principe d’auto-examen permanent, car, sans le savoir, nous nous mentons à nous-mêmes, nous nous dupons sans cesse.

Si on définit le sujet humain comme un être vivant capable de dire « je », autrement dit d’occuper une position qui le met au centre de son monde, il s’avère que chacun de nous porte en lui un principe d’exclusion (personne ne peut dire «je » à ma place). Ce principe agit comme un logiciel d’auto-affirmation égocentrique, qui donne priorité à soi sur toute autre personne ou considération et favorise les égoïsmes. Dans le même temps, le sujet porte en lui un principe d’inclusion qui nous donne la possibilité de nous inclure dans une relation avec autrui, avec les « nôtres » (famille, amis, patrie), et qui apparaît dès la naissance où l’enfant ressent un besoin vital d’attachement. Ce principe est un quasi logiciel d’intégration dans un nous, et il subordonne le sujet, parfois jusqu’au sacrifice de sa vie. L’être humain est caractérisé par ce double principe, un quasi double logiciel : l’un pousse à l’égocentrisme, à sacrifier les autres à soi ; l’autre pousse à l’altruisme, à l’amitié, à l’amour... Tout, dans notre civilisation, tend à favoriser le logiciel égocentrique. Le logiciel altruiste et solidaire est partout présent, inhibé et dormant, et il peut se réveiller. C’est donc ce logiciel qui doit être développé.

Il faut donc concevoir également une éthique à trois directions, en vertu de la trinité humaine : Individu-société-espèce, les trois en interrelations permanentes.

Dans ce sens, l'éthique individu-espèce nécessite un contrôle mutuel de la société par l'individu et de l'individu par la société, c'est-à-dire la démocratie; et au xxie siècle la solidarité terrestre.

L'éthique doit se former dans les esprits à partir de la conscience que l'humain est à la fois individu, partie d'une société, partie d'une espèce. Nous portons en chacun de nous cette triple réalité. Aussi, tout développement vraiment humain doit-il comporter le développement conjoint des autonomies individuelles, des participations communautaires et de la conscience d'appartenir à l'espèce humaine.

À partir de cela s'esquissent les deux grandes finalités éthico-politiques du nouveau millénaire : établir une relation de contrôle mutuel entre la société et les individus par la démocratie, accomplir l'Humanité comme communauté planétaire.

En conclusion : limites et possibilités

Les réformes sont interdépendantes. Les réformes morale, de la pensée, de l’éducation, de civilisation, de la politique, celle de la réforme de vie s’entr’appellent les unes les autres. Par là même leurs développements créeraient une synergie, une dynamique nouvelle qui serait plus que leur somme.

Ceci est une énorme potentialité, mais nous devons aussi être conscients de leur limite. Homo est non seulement sapiens, faber, economicus, mais aussi demens mythologicus, ludens… On ne pourra jamais éliminer la capacité délirante, on ne pourra jamais rationaliser l’existence (ce qui serait au demeurant, la normaliser, la standardiser, la mécaniser…) On ne pourra jamais réaliser l’utopie de l’harmonie permanente, du bonheur assuré.

Ce qu’on peut espérer c’est non plus le meilleur des mondes, mais un monde meilleur.

Revenons au point de départ : nous allons vers l’abîme. Mais il y a des milliards de chrysalides végétales, animales, humaines qui sont en métamorphose. Ce sont des forces immenses potentielles mais conditionnées à leur environnement. Concernant l’humanité des forces, encore virtuelles pour l’essentiel, doivent se mobiliser. L’abîme comme la métamorphose ne sont pas fatals.

La Voie des sept réformes proposée ici nous semble la seule susceptible de régénérer assez le monde pour faire advenir la métamorphose, pour un monde meilleur.

En faire une réalité suppose la mobilisation de tous ceux qui y aspirent, en un véritable

Mouvement pour la Métamorphose du Monde.

Edgar Morin

Pierre Gonod

Paskua


[1] Voir Edgar Morin « Introduction à une politique de l’homme » Seuil 1965

[2] « Pour une politique de civilisation » Arléa 2002 ; « Terre-patrie » Seuil 1993

lundi 9 mars 2009

« Diego García », pire que Guantánamo



L'embryon de la mort


« Quelles lois dicteraient déjà les sénateurs ? /

Quand ils arrivent les barbares les dicteront [...]

Pourquoi empoignent-ils des cannes si précieuses

Sculptées merveilleusement dans l'or et l'argent ?

Parce qu'aujourd'hui arrivent les barbares »

Constantino P. Kavafis



Par Cristina Castello*

C'est une prison secrète qui se lève dans les terres qui ont été volées aux habitants originaires du lieu. De sa piste de vol ils ont décollé les bombardiers des USA, pour envahir le Cambodge, l'Afghanistan et l'Irak, à coups de feu, crimes et impiété; pour contrôler le Moyen Orient et ... plus encore, mais voyons déjà.

« Diego García » est un embryon de la mort. C'est l'abîme qu'ont choisi les barbares - avec l'excuse d'un « terrorisme » supposé - pour mieux torturer. C'est un vrai trésor pour l'Amérique du Nord et le Royaume-Uni. C'est la base militaire la plus importante que l'Empire a, pour surveiller le monde; et près de ses paires -les bases de Guam et d'Ascension - sont les clés pour l'envahisseur. C'est un endroit idéal pour accueillir des missiles de l'ogive nucléaire, bien qu'ils soient interdits par les traités internationaux. Mais : est-ce que cela importe aux barbares ?

Les barbares ne demeurent pas dans l'océan Indien, où « Diego García », cet atoll qui, né avec un destin d'oasis s'est lui-même converti en enfer. Non. Les barbares donnent les ordres aux barbares de la CIA nord-américaine, appuyés par la Grande-Bretagne et par l'Union Européenne, qui savent si bien se taire quand le Pouvoir est cause de la terreur.

« Diego García», est la juste enclave, s'il venait à l'esprit aux barbares une action sanglante contre l'Iran. C'est le lieu où la torture exhibe sa plus grande sophistication. C'est un sort de torture - la mort en vie - et la première marche, pour mériter le soulagement de passer Guantánamo: cet échafaud avec lequel Barack Obama a promis d'en finir. « Diego García » : personne ne la nomme et elle ne figure pas dans les agendas présidentiels, bien qu'il soit pis encore que Guantánamo. Il est dit : « pis ». Mais comparer deux horreurs ne jette pas de clarté : Qui est le pire, Drácula ou Frankestein ?

La terre de la planète n'a pas été suffisante pour le Pouvoir impérial. Les États-Unis du nord sillonnent les mers du monde avec entre dix-sept et vingt bateaux - « prisons flottantes ». Dans celles-ci ont été arrêtées et interrogées sous supplice, des milliers de personnes. Mais presque personne n'informe de cela. Non, on ne parle pas de ça.

Qui parle, oui, et qui agit par la justice, c'est l'ONG Londonienne des droits de l'homme « Reprieve » qui représente trente détenus, non inculpés de Guantánamo, aux bagnards qui attendent des condamnations et aux accusés d'un supposé « terrorisme ».

C'était en 1998, durant la présidence de Bill Clinton et la vice-présidence d'Al Gore -prix Nobel de la Paix- lorsqu'ils ont commencé les arrêts contre toute loi et tout sens de l'existence humaine. Et George Bush les a promus en progression géométrique. Quand il était encore président, il a admis l'existence d'au moins 26.000 personnes dans des prisons flottantes; mais selon les sondages de « Reprieve », les chiffres recensés étaient de 80.000, à dater de 2001. Qui croire ? L'option est claire.

Châtrer l'île

« Sans égards, sans pudeur, sans pitié,
de hauts, de larges murs ils m'ont environné »

Constantino Kavafis



Les 44 kilomètres de « Diego García », sentent l'absence. Sous son ciel, la grande absente est la sacralité de l'existence humaine. L'île est un territoire britannique d'outremer, situé dans l'archipel de Chagos, dans l'océan indien. En 1966 un mariage parfait s'est produit entre les barbares. Le lieu - si beau qu'il semble un sourire de la nature - a été offert par l'Angleterre à l'Amérique du Nord, qui le voulait pour installer cette base militaire. C'était un échange ignominieux : la location pour cinquante ans de terres anglaises, en échange de quatorze millions de dollars et de missiles du sous-marin nucléaire « Polaris ». Musique Maestro !

Mais -certes, il y avait une condition à respecter- à ce moment-là, plus tôt que tard, il fallait empêcher les « problèmes de population ». Il fallait désinfecter l'archipel, des êtres humains.

Châtrer l'île. Lui couper les racines, clôturer la vie. À l'ouvre immédiatement, le Royaume-Uni a bloqué toute entrée d'aliments. Cette vieille et maléfique sorcière -la faim-, a fait sonner un concert d'estomacs vides, en même temps que les habitants commençaient à partir. ou à être rejetés. La destinée de ces exilés a été, et se trouve, dans les villes de misère de l'Ile Maurice.

Là, à plus de 200 kilomètres de la terre qui les a vus naître, les exilés rêvent autant de manger, que de retourner à leur patrie dépatriée.

Sauvagement les 2.000 habitants nés dans l'île, ont été expulsés. Un cas, qui synthétise beaucoup de semblables, est celui de Marie Aimee, née et élevée dans « Diego García », qui en 1969 a porté à ses fils à Port Louis (Maurice), pour un traitement médical. Le gouvernement britannique ne lui a jamais permis de remonter sur le bateau pour repartir et jamais plus elle n'a pu y retourner.

Son mari, est resté deux ans dans l'île puis il est arrivé à retrouver son épouse, avec seulement une bourse et dans un état lamentable. Il avait été rejeté de sa terre. Les histoires des autres milliers d'insulaires abandonnés, sont terrifiantes; exilés et humiliés, ont été réunis dans des taudis, où ils vivaient dans des boîtes ou des huttes de fer-blanc. Ils s'étaient affranchis de bien d'autres avec promesses mensongères de vacances gratuites, dans des lieux de rêve. Il fallait les balayer de l'île : la stériliser de la présence de ses compatriotes.

La majorité des chagossiens ont été arrêtés, expulsés de leurs foyers, littéralement « emballés » et déposés dans les caves d'embarcations, entre des cris et des pleurs; avant, ils avaient vu exterminer leurs animaux domestiques et leur bétail. Ainsi, ils pouvaient bombarder plus facilement le Viêt-Nam, le Laos et le Cambodge; menacer la Chine lors de la Révolution culturelle, puis suivre avec le Golfe Persique, l'Afghanistan, l'Irak, et... y a beaucoup plus. Ces barbares n'ont pas de cour.

Et ce n'est pas tout ! Plusieurs sont morts de tristesse, se sont suicidés, ou sont devenus alcooliques, tandis qu'ils rêvaient de la terre promise. Mais personne n'a abandonné l'idée de revenir à son île de coraux et de palmiers; à l'île qui - jusqu'à ce qu'ils la vissent - n'était pas contaminée par les armes et la méchanceté. Dans le « Times » de Londres du 9 novembre 2007, l'une des villageoises a résumé : « C'était le paradis, nous étions comme oiseaux libres, et maintenant nous sommes comme en prison ».

La Haute Cour britannique d'abord, et la Cour d'Appel ensuite, ont condamné l'expulsion comme étant illégale et ont donné à la population le droit de rentrer; mais aucun gouvernement n'a voulu accomplir ces sentences. Et le Bureau des affaires Internes et Internationales du Royaume-Uni a dit en revanche qu'il n'y aurait pas de population indigène. Le droit unique à une citoyenneté était accordé aux mouettes.

Aujourd'hui, de 2000 expulsés originairement, moins de 700 conservent la vie. Les barbares jouent-ils à l'extinction finale ?

Les USA ont loué l'île jusqu'en 2016. Et jusqu'alors, et après: quoi ?



Dracula, Frankenstein et les euphémismes

«Ah ces murs qu'on dressait, comment n'y ai-je pas pris garde ?
Mais aucun bruit de bâtisseurs ne me parvenait, pas un son :
tout doucement, ils m'ont emmuré hors du monde »

Constantino Kavafis





Et que dire, sur la prison de « Diego García » ? « Diego García » est le plus grand centre de tortures -ils appellent d'une façon tout euphémistique « interrogatoires »- pour les prisonniers réputés les plus « importants » par l'Empire. C'est là que le prisonnier Ibn Al-Sheikh Al-Libi a dû mentir, puisqu'il ne résistait pas au supplice auquel il était soumis. Il a dit, pour éviter qu'ils continuent de le lacérer, que Saddam Hussein était allié d'Al-Qaeda, et qu'il avait les fameuses armes de destruction massive, desquelles on a tant parlé.

Certes, il a été démontré que ces armes n'existaient pas. Mais c'était les arguments dont George W. avait besoin, pour la guerre du pétrole : celle qu'il a lancée, affamé de dollars, avec l'excuse du « terrorisme »; comme s'il avait été salvateur du monde, alors qu'il l'anéantissait et c'est pourquoi, aujourd'hui on essaye de le juger. De part toute la planète, elles se lèvent, de plus en plus de voix qui demandent, précisément, le présenter face à la justice comme un inculpé qui a commis des crimes contre l'humanité.

Le cachot de «Diego García » est connu comme « Campement de Justice ». Nous poursuivons avec des euphémismes. Et les six mille bases militaires mondiales des USA, sont mentionnées comme « des traces » dans le jargon militaire américain. Entre celles-ci, « Diego García » a un nom où sonne la moquerie : « Trace de la liberté ». Les mots ont perdu leur signification.

Durant ce temps, les déplacements de prisonniers drogués, encapuchonnés et fort torturés, de là jusqu'au Guantanamo, c'était habituel. Des personnes captives déplacées d'une horreur, à l'autre. De « Diego García » à Guantanamo. De Dracula, il était dit, à Frankenstein.

Les 2.000 soldats yankees destinés d'une manière permanente dans le lieu, sont la population centrale de « Diego García ». La torture a besoin d'une surveillance, ça alors ! Des ironies de la vie, il y a aussi 2.000 bannis : les armes remplacent la vie.

Les barbares nient tout, mais les évidences et les preuves existent. Par exemple, celles d'ex-prisonniers qui, par un miracle, ont obtenu la liberté, et ils racontent comment ils ont été déplacés à Guantanamo, ainsi que la frayeur des tortures, impossibles même à imaginer pour tout esprit humain. Par exemple, le témoignage fondé de l'historien britannique Andy Worthington, l'auteur de « The le Guantanamo files : the stories of the 774 detainees in America's illegal prison » (« Les archives de Guantanamo : les histoires des 774 détenus en prison illégale de l'Amérique »).

Worthington raconte qu' « une personne honnête avec accès à une information privilégiée », Barry McCaffrey, général américain en retraite et professeur prestigieux d'études de Sécurité internationale, a reconnu par deux occasions qu'à « Diego García » des personnes accusées de terrorisme sont retenues ; de la même manière, il a accepté que la même chose arrive dans Bagram, Guantanamo, certes, et l'Irak. De sa part, Clive Stafford Smith, directeur de l'ONG « Reprieve », dont personne ne doute le sérieux, a assuré à « The Guardian » qu'il est catégoriquement certain de l'existence des prisonniers dans l'île.

Aussi le sénateur suisse Dick Marty, a confirmé en 2006 les «remises extraordinaires» de détenus, de là vers Guantanamo. Dans un rapport qu'il a remis au « Conseil de l'Europe », il a certifié que, sous la responsabilité légale internationale du Royaume-Uni, les USA ont utilisé cet atoll de l'Indien comme prison secrète pour « des détenus de haute valeur ». Le narrateur spécial sur la Torture de l'ONU, Manfred Novak, l'a ratifié.

Le Guantanamo semble être priorité dans l'agenda de Barack Obama. Et « Diego García » ? Il est vrai que le président flambant neuf de la Maison Blanche a trop de défis, casse-tête et de crises à résoudre, ainsi qu'une opposition conservatrice qui ne rend pas facile de gouverner. Mais : a-t-il la volonté politique pour en finir avec cette abjection ? Pourra-t-il - et surtout voudra-t-il - aller contre les semailles de mort des barbares ?

La liberté, la justice et les exilés de « Diego García » attendent son mot et celui de l'Union Européenne. Ils attendent, « comme les beaux corps de morts qui n'ont pas vieilli / et ils les ont enfermés, avec larmes, dans une tombe splendide / - avec roses sur la tête et dans les pieds des jasmins » (Constantino Kavafis).

* Poète et journaliste

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mercredi 18 février 2009

Le manifeste de neuf intellectuels antillais pour "des sociétés post-capitalistes"


Le manifeste de neuf intellectuels antillais pour "des sociétés post-capitalistes"

Neuf intellectuels antillais, Ernest Breleur, Patrick Chamoiseau, Serge Domi, Gérard Delver, Edouard Glissant, Guillaume Pigeard de Gurbert, Olivier Portecop, Olivier Pulvar, Jean-Claude William ont rédigé ce "Manifeste pour les 'produits' de haute nécessité".

C'est en solidarité pleine et sans réserve aucune que nous saluons le profond mouvement social qui s'est installé en Guadeloupe, puis en Martinique, et qui tend à se répandre à la Guyane et à la Réunion. Aucune de nos revendications n'est illégitime. Aucune n'est irrationnelle en soi, et surtout pas plus démesurée que les rouages du système auquel elle se confronte. Aucune ne saurait donc être négligée dans ce qu'elle représente, ni dans ce qu'elle implique en relation avec l'ensemble des autres revendications. Car la force de ce mouvement est d'avoir su organiser sur une même base ce qui jusqu'alors s'était vu disjoint, voire isolé dans la cécité catégorielle –– à savoir les luttes jusqu'alors inaudibles dans les administrations, les hôpitaux, les établissements scolaires, les entreprises, les collectivités territoriales, tout le monde associatif, toutes les professions artisanales ou libérales...
Mais le plus important est que la dynamique du Lyannaj – qui est d'allier et de rallier, de lier relier et relayer tout ce qui se trouvait désolidarisé – est que la souffrance réelle du plus grand nombre (confrontée à un délire de concentrations économiques, d'ententes et de profits) rejoint des aspirations diffuses, encore inexprimables mais bien réelles, chez les jeunes, les grandes personnes, oubliés, invisibles et autres souffrants indéchiffrables de nos sociétés. La plupart de ceux qui y défilent en masse découvrent (ou recommencent à se souvenir) que l'on peut saisir l'impossible au collet, ou enlever le trône de notre renoncement à la fatalité.

GRÈVE LÉGITIME
Cette grève est donc plus que légitime, et plus que bienfaisante, et ceux qui défaillent, temporisent, tergiversent, faillissent à lui porter des réponses décentes, se rapetissent et se condamnent.

Dès lors, derrière le prosaïque du "pouvoir d'achat" ou du "panier de la ménagère", se profile l'essentiel qui nous manque et qui donne du sens à l'existence, à savoir : le poétique. Toute vie humaine un peu équilibrée s'articule entre, d'un côté, les nécessités immédiates du boire-survivre-manger (en clair : le prosaïque) ; et, de l'autre, l'aspiration à un épanouissement de soi, là où la nourriture est de dignité, d'honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d'amour, de temps libre affecté à l'accomplissement du grand désir intime (en clair : le poétique). Comme le propose Edgar Morin, le vivre-pour-vivre, tout comme le vivre-pour-soi n'ouvrent à aucune plénitude sans le donner-à-vivre à ce que nous aimons, à ceux que nous aimons, aux impossibles et aux dépassements auxquels nous aspirons.
La "hausse des prix" ou "la vie chère" ne sont pas de petits diables-ziguidi qui surgissent devant nous en cruauté spontanée, ou de la seule cuisse de quelques purs békés. Ce sont les résultantes d'une dentition de système où règne le dogme du libéralisme économique. Ce dernier s'est emparé de la planète, il pèse sur la totalité des peuples, et il préside dans tous les imaginaires – non à une épuration ethnique, mais bien à une sorte "d'épuration éthique 1" (entendre : désenchantement, désacralisation, désymbolisation, déconstruction même) de tout le fait humain. Ce système a confiné nos existences dans des individuations égoïstes qui vous suppriment tout horizon et vous condamnent à deux misères profondes : être "consommateur" ou bien être "producteur". Le consommateur ne travaillant que pour consommer ce que produit sa force de travail devenue marchandise ; et le producteur réduisant sa production à l'unique perspective de profits sans limites pour des consommations fantasmées sans limites. L'ensemble ouvre à cette socialisation anti-sociale, dont parlait André Gorz, et où l'économique devient ainsi sa propre finalité et déserte tout le reste. Alors, quand le "prosaïque" n'ouvre pas aux élévations du " poétique ", quand il devient sa propre finalité et se consume ainsi, nous avons tendance à croire que les aspirations de notre vie, et son besoin de sens, peuvent se loger dans ces codes-barres que sont "le pouvoir d'achat" ou "le panier de la ménagère". Et pire : nous finissons par penser que la gestion vertueuse des misères les plus intolérables relève d'une politique humaine ou progressiste. Il est donc urgent d'escorter les "produits de premières nécessités", d'une autre catégorie de denrées ou de facteurs qui relèveraient résolument d'une "haute nécessité".
Par cette idée de "haute nécessité", nous appelons à prendre conscience du poétique déjà en œuvre dans un mouvement qui, au-delà du pouvoir d'achat, relève d'une exigence existentielle réelle, d'un appel très profond au plus noble de la vie.
Alors que mettre dans ces "produits" de haute nécessité ?
C'est tout ce qui constitue le cœur de notre souffrant désir de faire peuple et nation, d'entrer en dignité sur la grand-scène du monde, et qui ne se trouve pas aujourd'hui au centre des négociations en Martinique et en Guadeloupe, et bientôt sans doute en Guyane et à la Réunion.
D'abord, il ne saurait y avoir d'avancées sociales qui se contenteraient d'elles-mêmes. Toute avancée sociale ne se réalise vraiment que dans une expérience politique qui tirerait les leçons structurantes de ce qui s'est passé. Ce mouvement a mis en exergue le tragique émiettement institutionnel de nos pays, et l'absence de pouvoir qui lui sert d'ossature. Le "déterminant" ou bien le "décisif" s'obtient par des voyages ou par le téléphone. La compétence n'arrive que par des émissaires. La désinvolture et le mépris rôdent à tous les étages. L'éloignement, l'aveuglement et la déformation président aux analyses. L'imbroglio des pseudos pouvoirs Région-Département-Préfet,
tout comme cette chose qu'est l'association des maires, ont montré leur impuissance, même leur effondrement, quand une revendication massive et sérieuse surgit dans une entité culturelle historique identitaire humaine, distincte de celle de la métropole administrante, mais qui ne s'est jamais vue traitée comme telle. Les slogans et les demandes ont tout de suite sauté par-dessus nos "présidents locaux" pour s'en aller mander ailleurs. Hélas, tout victoire sociale qui s'obtiendrait ainsi (dans ce bond par-dessus nous-mêmes), et qui s'arrêterait là, renforcerait notre assimilation, donc conforterait notre inexistence au monde et nos pseudos pouvoirs.

Ce mouvement se doit donc de fleurir en vision politique, laquelle devrait ouvrir à une force politique de renouvellement et de projection apte à nous faire accéder à la responsabilité de nous-mêmes par nous-mêmes et au pouvoir de nous-mêmes sur nous-mêmes. Et même si un tel pouvoir ne résoudrait vraiment aucun de ces problèmes, il nous permettrait à tout le moins de les aborder désormais en saine responsabilité, et donc de les traiter enfin plutôt que d'acquiescer aux sous-traitances. La question békée et des ghettos qui germent ici où là, est une petite question qu'une responsabilité politique endogène peut régler. Celle de la répartition et de la protection de nos terres à tous points de vue aussi. Celle de l'accueil préférentiel de nos jeunes tout autant. Celle d'une autre Justice ou de la lutte contre les fléaux de la drogue en relève largement... Le déficit en responsabilité crée amertume, xénophobie, crainte de l'autre, confiance réduite en soi... La question de la responsabilité est donc de haute nécessité. C'est dans l'irresponsabilité collective que se nichent les blocages persistants dans les négociations actuelles. Et c'est dans la responsabilité que se trouve l'invention, la souplesse, la créativité, la nécessité de trouver des solutions endogènes praticables. C'est dans la responsabilité que l'échec ou l'impuissance devient un lieu d'expérience véritable et de maturation. C'est en responsabilité que l'on tend plus rapidement et plus positivement vers ce qui relève de l'essentiel, tant dans les luttes que dans les aspirations ou dans les analyses.
Ensuite, il y a la haute nécessité de comprendre que le labyrinthe obscur et indémêlable des prix (marges, sous-marges, commissions occultes et profits indécents) est inscrit dans une logique de système libéral marchand, lequel s'est étendu à l'ensemble de la planète avec la force aveugle d'une religion. Ils sont aussi enchâssés dans une absurdité coloniale qui nous a détournés de notre manger-pays, de notre environnement proche et de nos réalités culturelles, pour nous livrer sans pantalon et sans jardins-bokay aux modes alimentaires européens. C'est comme si la France avait été formatée pour importer toute son alimentation et ses produits de grande nécessité depuis des milliers et des milliers de kilomètres. Négocier dans ce cadre colonial absurde avec l'insondable chaîne des opérateurs et des intermédiaires peut certes améliorer quelque souffrance dans l'immédiat ; mais l'illusoire bienfaisance de ces accords sera vite balayée par le principe du "Marché" et par tous ces mécanismes que créent un nuage de voracités, (donc de profitations nourries par " l'esprit colonial " et régulées par la distance) que les primes, gels, aménagements vertueux, réductions opportunistes, pianotements dérisoires de l'octroi de mer, ne sauraient endiguer.
VICTIMES D'UN SYSTÈME FLOU, GLOBALISÉ
Il y a donc une haute nécessité à nous vivre caribéens dans nos imports-exports vitaux, à nous penser américain pour la satisfaction de nos nécessités, de notre autosuffisance énergétique et alimentaire. L'autre très haute nécessité est ensuite de s'inscrire dans une contestation radicale du capitalisme contemporain qui n'est pas une perversion mais bien la plénitude hystérique d'un dogme. La haute nécessité est de tenter tout de suite de jeter les bases d'une société non économique, où l'idée de développement à croissance continuelle serait écartée au profit de celle d'épanouissement ; où emploi, salaire, consommation et production serait des lieux de création de soi et de parachèvement de l'humain. Si le capitalisme (dans son principe très pur qui est la forme contemporaine) a créé ce Frankenstein consommateur qui se réduit à son panier de nécessités, il engendre aussi de bien lamentables "producteurs" – chefs d'entreprises, entrepreneurs, et autres socioprofessionnels ineptes – incapables de tressaillements en face d'un sursaut de souffrance et de l'impérieuse nécessité d'un autre imaginaire politique, économique, social et culturel. Et là, il n'existe pas de camps différents. Nous sommes tous victimes d'un système flou, globalisé, qu'il nous faut affronter ensemble. Ouvriers et petits patrons, consommateurs et producteurs, portent quelque part en eux, silencieuse mais bien irréductible, cette haute nécessité qu'il nous faut réveiller, à savoir : vivre la vie, et sa propre vie, dans l'élévation constante vers le plus noble et le plus exigeant, et donc vers le plus épanouissant. Ce qui revient à vivre sa vie, et la vie, dans toute l'ampleur du poétique.

On peut mettre la grande distribution à genoux en mangeant sain et autrement.

On peut renvoyer la Sara et les compagnies pétrolières aux oubliettes, en rompant avec le tout automobile.

On peut endiguer les agences de l'eau, leurs prix exorbitants, en considérant la moindre goutte sans attendre comme une denrée précieuse, à protéger partout, à utiliser comme on le ferait des dernières chiquetailles d'un trésor qui appartient à tous.
On ne peut vaincre ni dépasser le prosaïque en demeurant dans la caverne du prosaïque, il faut ouvrir en poétique, en décroissance et en sobriété. Rien de ces institutions si arrogantes et puissantes aujourd'hui (banques, firmes transnationales, grandes surfaces, entrepreneurs de santé, téléphonie mobile...) ne sauraient ni ne pourraient y résister.
Enfin, sur la question des salaires et de l'emploi. Là aussi il nous faut déterminer la haute nécessité. Le capitalisme contemporain réduit la part salariale à mesure qu'il augmente sa production et ses profits. Le chômage est une conséquence directe de la diminution de son besoin de main d'œuvre. Quand il délocalise, ce n'est pas dans la recherche d'une main d'œuvre abondante, mais dans le souci d'un effondrement plus accéléré de la part salariale. Toute déflation salariale dégage des profits qui vont de suite au grand jeu welto de la finance. Réclamer une augmentation de salaire conséquente n'est donc en rien illégitime : c'est le début d'une équité qui doit se faire mondiale.
Quant à l'idée du "plein emploi", elle nous a été clouée dans l'imaginaire par les nécessités du développement industriel et les épurations éthiques qui l'ont accompagnée. Le travail à l'origine était inscrit dans un système symbolique et sacré (d'ordre politique, culturel, personnel) qui en déterminait les ampleurs et le sens. Sous la régie capitaliste, il a perdu son sens créateur et sa vertu épanouissante à mesure qu'il devenait, au détriment de tout le reste, tout à la fois un simple "emploi", et l'unique colonne vertébrale de nos semaines et de nos jours. Le travail a achevé de perdre toute signifiance quand, devenu lui-même une simple marchandise, il s'est mis à n'ouvrir qu'à la consommation. Nous sommes maintenant au fond du gouffre. Il nous faut donc réinstaller le travail au sein du poétique. Même acharné, même pénible, qu'il redevienne un lieu d'accomplissement, d'invention sociale et de construction de soi, ou alors qu'il en soit un outil secondaire parmi d'autres. Il y a des myriades de compétences, de talents, de créativités, de folies bienfaisantes, qui se trouvent en ce moment stérilisés dans les couloirs ANPE et les camps sans barbelés du chômage structurel né du capitalisme. Même quand nous nous serons débarrassés du dogme marchand, les avancées technologiques (vouées à la sobriété et à la décroissance sélective) nous aiderons à transformer la valeur-travail en une sorte d'arc-en-ciel, allant du simple outil accessoire jusqu'à l'équation d'une activité à haute incandescence créatrice. Le plein emploi ne sera pas du prosaïque productiviste, mais il s'envisagera dans ce qu'il peut créer en socialisation, en autoproduction, en temps libre, en temps mort, en ce qu'il pourra permettre de solidarités, de partages, de soutiens aux plus démantelés, de revitalisations écologiques de notre environnement... Il s'envisagera en "tout ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue". Il y aura du travail et des revenus de citoyenneté dans ce qui stimule, qui aide à rêver, qui mène à méditer ou qui ouvre aux délices de l'ennui, qui installe en musique, qui oriente en randonnée dans le pays des livres, des arts, du chant, de la philosophie, de l'étude ou de la consommation de haute nécessité qui ouvre à création – créaconsommation. En valeur poétique, il n'existe ni chômage ni plein emploi ni assistanat, mais autorégénération et autoréorganisation, mais du possible à l'infini pour tous les talents, toutes les aspirations. En valeur poétique, le PIB des sociétés économiques révèle sa brutalité.

Voici ce premier panier que nous apportons à toutes les tables de négociations et à leurs prolongements : que le principe de gratuité soit posé pour tout ce qui permet un dégagement des chaînes, une amplification de l'imaginaire, une stimulation des facultés cognitives, une mise en créativité de tous, un déboulé sans manman de l'esprit. Que ce principe balise les chemins vers le livre, les contes, le théâtre, la musique, la danse, les arts visuels, l'artisanat, la culture et l'agriculture... Qu'il soit inscrit au porche des maternelles, des écoles, des lycées et collèges, des universités et de tous les lieux connaissance et de formation... Qu'il ouvre à des usages créateurs des technologies neuves et du cyberespace. Qu'il favorise tout ce qui permet d'entrer en Relation (rencontres, contacts, coopérations, interactions, errances qui orientent) avec les virtualités imprévisibles du Tout-Monde... C'est le gratuit en son principe qui permettra aux politiques sociales et culturelles publiques de déterminer l'ampleur des exceptions. C'est à partir de ce principe que nous devrons imaginer des échelles non marchandes allant du totalement gratuit à la participation réduite ou symbolique, du financement public au financement individuel et volontaire... C'est le gratuit en son principe qui devrait s'installer aux fondements de nos sociétés neuves et de nos solidarités imaginantes...

NOUS APPELONS À UNE HAUTE POLITIQUE, À UN ART POLITIQUE
Projetons nos imaginaires dans ces hautes nécessités jusqu'à ce que la force du Lyannaj ou bien du vivre-ensemble, ne soit plus un "panier de ménagère", mais le souci démultiplié d'une plénitude de l'idée de l'humain.
Imaginons ensemble un cadre politique de responsabilité pleine, dans des sociétés martiniquaise guadeloupéenne guyanaise réunionnaise nouvelles, prenant leur part souveraine aux luttes planétaires contre le capitalisme et pour un monde écologiquement nouveau.
Profitons de cette conscience ouverte, à vif, pour que les négociations se nourrissent, prolongent et s'ouvrent comme une floraison dans une audience totale, sur ces nations qui sont les nôtres.
An gwan lodyans qui ne craint ni ne déserte les grands frissons de l'utopie.
Nous appelons donc à ces utopies où le Politique ne serait pas réduit à la gestion des misères inadmissibles ni à la régulation des sauvageries du "Marché", mais où il retrouverait son essence au service de tout ce qui confère une âme au prosaïque en le dépassant ou en l'instrumentalisant de la manière la plus étroite.
Nous appelons à une haute politique, à un art politique, qui installe l'individu, sa relation à l'Autre, au centre d'un projet commun où règne ce que la vie a de plus exigeant, de plus intense et de plus éclatant, et donc de plus sensible à la beauté.
Ainsi, chers compatriotes, en nous débarrassant des archaïsmes coloniaux, de la dépendance et de l'assistanat, en nous inscrivant résolument dans l'épanouissement écologique de nos pays et du monde à venir, en contestant la violence économique et le système marchand, nous naîtrons au monde avec une visibilité levée du post-capitalisme et d'un rapport écologique global aux équilibres de la planète...
Alors voici notre vision : Petits pays, soudain au cœur nouveau du monde, soudain immenses d'être les premiers exemples de sociétés post-capitalistes, capables de mettre en œuvre un épanouissement humain qui s'inscrit dans l'horizontale plénitude du vivant...

Déclaration de l’Assemblée des mouvements sociaux lors du Forum social mondial 2009

Déclaration de l’Assemblée des mouvements sociaux lors du Forum social mondial 2009

Belém : Nous ne payerons pas la crise ! Que les riches la paient ! Pour des alternatives anti-impérialistes, anti-capitalistes, féministes, écologistes et socialistes !

Nous, les mouvements sociaux du monde entier nous nous sommes réunis à l’occasion du 9e Forum social mondial à Belém en Amazonie où les peuples résistent à l’usurpation de la nature, de leurs territoires et de leurs cultures. Nous sommes en Amérique latine là où au cours de la dernière décennie a eu lieu une nouvelle rencontre entre les mouvements sociaux et les mouvements indigènes. Ces derniers questionnent radicalement depuis leur cosmovision le système capitaliste. L’Amérique latine a ces dernières années mené des luttes sociales très radicales qui ont conduit au renversement de gouvernements néolibéraux et à la mise en place de gouvernements qui ont mené à bien des réformes positives comme la nationalisation de secteurs vitaux de l’économie et de réformes constitutionnelles démocratiques.

Dans ce contexte, les mouvements sociaux d’Amérique latine ont agi de manière adéquate en décidant d’appuyer les mesures positives adoptées par ces gouvernements tout en maintenant leur capacité de critique à leur égard. Ces expériences nous aideront à renforcer la résistance ferme des peuples contre la politique des gouvernements, des grandes entreprises et des banquiers qui déchargent les effets de la crise sur les opprimé(e)s.

Actuellement, nous les mouvements sociaux de la planète faisons face à un défi de portée historique. La crise capitaliste internationale qui porte préjudice à l’humanité s’exprime sur différents plans : c’est une crise alimentaire, financière, économique, climatique, énergétique, migratoire…, de civilisation qui accompagne la crise de l’ordre et des structures politiques internationales.

Nous sommes face à une crise globale provoquée par le capitalisme qui n’a pas d’issue au sein du système. Toutes les mesures adoptées pour sortir de la crise ne cherchent qu’à socialiser les pertes pour assurer la survie d’un système basé sur la privatisation des secteurs stratégiques de l’économie, des services publics, des ressources naturelles et énergétiques, la marchandisation de la vie et l’exploitation du travail et de la nature ainsi que le transfert de ressources de la Périphérie au Centre et des travailleu/rs/ses à la classe capitaliste.

Ce système est régi par l’exploitation, la compétition exacerbée, la promotion de l’intérêt privé individuel au détriment de l’intérêt collectif et l’accumulation frénétique de richesses par une poignée de nantis. Cela génère des guerres sanglantes, alimente la xénophobie, le racisme et les extrémismes religieux, cela renforce l’exploitation des femmes et la criminalisation des mouvements sociaux. Dans le contexte de cette crise les droits des peuples sont systématiquement niés. L’agression sauvage du gouvernement israélien contre le peuple palestinien est une violation du droit international qui constitue un crime de guerre, un crime contre l’humanité et aussi un symbole de la négation de droits dont souffrent également d’autres peuples du monde. Cette impunité honteuse doit cesser. Les mouvements sociaux réaffirment leur soutien actif à la lutte du peuple palestinien ainsi qu’à toutes les actions des peuples du monde contre l’oppression.

Pour faire face à la crise, il est nécessaire d’aller à la racine du problème et d’avancer le plus rapidement possible vers la construction d’une alternative radicale qui en finisse avec le système capitaliste et la domination patriarcale. Il est nécessaire de construire une société basée sur la satisfaction des besoins sociaux et le respect des droits de la nature ainsi que la participation populaire dans un contexte de pleine liberté politique. Il est nécessaire de garantir l’exécution de tous les traités internationaux sur les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels (individuels et collectifs) qui sont indivisibles.

Dans cette perspective, nous devons lutter pour impulser la plus large mobilisation populaire par une série de mesures urgentes comme :

- la nationalisation sans indemnisation et sous contrôle social du secteur bancaire

- la réduction du temps de travail sans réduction de salaire

- des mesures pour garantir la souveraineté alimentaire et la souveraineté énergétique

- l’arrêt des guerres, le retrait des troupes d’occupation et le démantèlement des bases militaires étrangères

- la reconnaissance de la souveraineté et de l’autonomie des peuples qui garantisse le droit à l’autodétermination

- la garantie du droit à la terre, au territoire, au travail, à l’éducation et à la santé pour toutes et tous.

- La démocratisation des moyens de communication et de connaissance

Le processus d’émancipation sociale poursuivi par le projet féministe, écologiste et socialiste du XXIe siècle aspire à libérer la société de la domination exercée par les capitalistes sur les grands moyens de production, communication et services par l’appui à des formes de propriété d’intérêt social : petite propriété familiale, propriété publique, propriété coopérative, propriété communale et collective. Cette alternative doit être féministe car il est impossible de construire une société basée sur la justice sociale et l’égalité des droits si la moitié de l’humanité est opprimée et exploitée.

Enfin, nous nous engageons à enrichir le processus de construction de la société basée sur la qualité de vie en reconnaissant le participation active et l’apport des peuples indigènes.

Nous, les mouvements sociaux sommes face à une occasion historique pour le développement d’initiatives d’émancipation à l’échelle internationale. Seule la lutte sociale des masses peut sortir les peuples de la crise. Pour impulser cette lutte, il est indispensable de développer un travail de conscientisation et de mobilisation à la base.

Le défi pour les mouvements sociaux est d’arriver à organiser la convergence des mobilisations globales à l’échelle de la planète et de renforcer notre capacité d’action en favorisant la convergence de tous les mouvements qui cherchent à résister à toutes les formes d’oppression et d’exploitation.

Nous nous engageons ainsi à :

- Mettre en place une semaine d’action globale contre le capitalisme et la guerre du 28 mars au 4 avril 2009 avec :

- une mobilisation contre le G20 le 28 mars

- une mobilisation contre la guerre et la crise le 30 mars

- une journée de solidarité avec le peuple palestinien pour impulser un boycott, le désinvestissement et les sanctions contre Israël le 30 mars

- la mobilisation contre le 60e anniversaire de l’OTAN le 4 avril

- etc

- Renforcer les mobilisations qui se tiennent chaque année

- 8 mars : journée internationale de la femme

- 17 avril : journée internationale de la souveraineté alimentaire

- 1er mai : journée internationale des travailleu/rs/ses

- 12 octobre : mobilisation globale de lutte pour la Terre Mère, contre la colonisation et la marchandisation de la vie

- Mettre en place un agenda des résistances contre le sommet du G8 en Sardaigne, le sommet climatique de Copenhague, le sommet des Amérique à Trinité et Tobago…

Nous répondons ainsi à la crise par des solutions radicales et des initiatives d’émancipation.

samedi 10 janvier 2009

GAZA - Nouvelles manifestations partout en France et dans le monde



GAZA - Nouvelles manifestations partout dans le monde


Collectif National pour une Paix Juste et Durable entre Palestiniens et Israéliens

10 janvier 2009

Suite au lancement de l’offensive terrestre israélienne, et aux crimes de guerre supplémentaires qu’elle annonce, il est évidemment nécessaire de rester très mobilisés. Voici la liste des nouvelles manifestations prévues partout en France.

Collectif National pour une Paix Juste et Durable entre Palestiniens et Israéliens

GAZA : ARRETONS LE MASSACRE DU PEUPLE PALESTINIEN !

Un million et demi de personnes assiégées affamées, bombardées depuis 18 mois c’est une punition collective et donc un crime de guerre aux termes de la 4e convention de Genève art. 33. Un million et demi de personnes qui subissent une agression d’une violence sans précédant de l’armée israélienne, c’est encore un crime de guerre ! L’union Européenne a donné le feu vert à Israël pour ce crime en décidant à l’initiative de sa présidence française, et contre le parlement européen, du « rehaussement » du statut des relations Union Européenne -Israël. Nous, organisations du collectif National pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens, signataires de cet appel , exigeons :

- L’arrêt du massacre
- La levée immédiate et totale du blocus
- la suspension de tout accord d’association entre l’UE et Israêl
- des sanctions immédiates contre Israël
- la protection de la population de Gaza et de tout le peuple palestinien

Premiers Signataires : Américains contre la Guerre (AAW) France, Agir Contre la Guerre (ACG),AFD france, AFPS, AJPF, ATF,Association des Marocains de France, Associations des Travailleurs Maghrébins de France, CCIPPP,Collectif des Musulmans de France, Collectif Faty Koumba, Ettajdid France, FTCR, Génération Palestine, GUPS France, Ligue Communiste Révolutionnaire, MIR, MIB, MRAP, NPA, Parti Communiste Français (PCF), PCOF, PDP, Solidarité tunisienne, Union juive française pour la paix, UTIT, Femmes en Noir, CPPI Saint Denis, La Courneuve Palestine, Association Républicaine des Anciens Combattants Les VERTS. Les Alternatifs . CVPR PRO. ASHDOM. Farrah-France, Handicap-Solidarité, AIPPP, Civimed Initiatives, Coordination de l’Appel de Strasbourg, Collectif judéo arabe et citoyen pour la paix, Cedetim, Droits devant, S’en sortir Ensemble, Mouvement des quartiers pour la justice sociale,Solidarité Palestine 18°,Droits devant !!,ACU : association des communistes unitaires, CNCU,coordination nationale des collectifs unitaires, Stop Précarité, Comité de solidaritéMartiniquePalestine,Union des Musulmans de Seine Saint Denis, le Cercle Frantz Fanon, UJAJAF, ATL Jenine, Réseau Féministe « Ruptures », Emancipation tendance intersyndicale, Collectif Feministe Pour l’Egalité ...

Une nouvelle organisation communiste libertaire - Nouvelle Zelande


Une nouvelle organisation communiste libertaire - Nouvelle Zelande

Date Tue, 6 Jan 2009 22:56:02 +0100 (CET)



Une nouvelle organisation s'est constituée avec l'espoir de construire un fort
mouvement révolutionnaire communiste libertaire en Aotearoa (Nouvelle Zélande).

Le Mouvement de solidarité des travailleurs de Aoetearoa (AWSM - Aotearoa Workers
Solidarity Movement) est une organisation engagée dans la construction d'une
société sans classe et sans Etat: le communisme libertaire. L'AWSM est formée de
révolutionnaires anarchistes « lutte de classe » de tout le pays. Pour le moment,
il s'agit d'une petite organisation comptant des militants a Wellington,
Christchurch et quelques autres petites villes du pays.

L'AWSM est née de la perception par des militants anarchistes du besoin d'une
organisation cohérente et structurée des communiste libertaire, inspirée du courant
plateformiste de l'anarchisme. Les rencontres informelles de ces dernières années
se sont transformée en projet construit, il y a quelques mois, aboutissant a une
conférence de travail qui s'est tenue a la fin octobre a Wellington.

En tant qu'anarchistes lutte des classes, notre priorité est l'intervention active
dans les luttes sur les lieux de travail et dans les syndicats, mais aussi mener
campagne dans nos quartiers. A partir de 2009 nous publierons un journal mensuel et
une revue théorique.

Situé au fond de de l'océan pacifique, nous nous sentons quelques peu isolés,
toutefois nous entendons maintenir un bon niveau de contact avec les organisations
de qui nous sommes proches.

Notre secrétaire aux relations internationale a été mandaté pour trouver des
contacts et nous sommes intéressés par une collaboration en vue de l'élaboration de
projets internationaux, convaincus que la vraie révolution sociale sera
internationale.

Notre site internet - http://awsm.org.nz/ seras régulièrement mise a jour avec des
comptes rendus de nos activités.

Solidairement,
Asher

Secrétaire International Aotearoa Workers Solidarity Movement


[ info reprise du site http://www.anarkismo.net/ ]

De lutte à lutte, de cœur à cœur


De lutte à lutte, de cœur à cœur
CSPCL, Paris

Premier Festival mondial de la digne rage

San Cristóbal de Las Casas, Cideci, "Un autre monde, une autre politique".
Le 2 janvier 2009.

Aux compañeras et compañeros du Comité clandestin révolutionnaire indigène,
Aux bases de soutien zapatistes,
Aux communes autonomes,
Aux Conseils de bon gouvernement,
À l’Autre Campagne nationale et internationale,
Aux peuples en lutte du monde entier,
Aux participants de ce Premier Festival de la digne rage,
À la société civile nationale et internationale,
Au Cideci,

Nous vous adressons les salutations dignes et rageuses du Comité de
solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte de Paris.
Nous allons essayer de vous parler un peu de ce que nous vivons, nous
écoutons, nous observons de l’autre monde et de l’autre politique, en bas
et à gauche en France.

Nous vous remercions pour l’espace que vous nous avez donné et pour votre
écoute. Comme participation à cet acte, nous avons décidé de lire ce texte
qui a été écrit par les membres du comité présents dans ce festival, car
c’est notre façon de faire, collectivement.

De lutte à lutte, de cœur à cœur, nous dédions ces paroles à la mémoire de
deux amis décédés, Amado Avendaño et André Aubry.

Qui sommes-nous ?

Créé fin 1994 à Paris, le Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas
en lutte est une assemblée ouverte née des luttes sociales et de leurs
convergences. Des collectifs et des individus, dans leur diversité, se
sont réunis pour manifester leur solidarité avec le soulèvement zapatiste
et avec la construction de l’autonomie indigène au Chiapas, et pour
diffuser l’information sur ces luttes au sein du mouvement social en
France.

Depuis quatorze ans, nous, qui formons cette assemblée ouverte, nous
réunissons chaque mercredi pour essayer de décider des initiatives
solidaires avec les zapatistes et avec les luttes et les mouvements
sociaux de résistance en France et en Europe.

Où sommes-nous ?

Pays appartenant à ce qu’on appelle "premier monde", la France est une
vieille puissance coloniale dont le pouvoir et la richesse se fondent sur
l’exploitation, la dépossession, le mépris et la répression.

* Exploitation, à travers le pillage des ressources naturelles, des
matières premières, et à travers l’exploitation des êtres humains qu’ils
soient sur son propre territoire ou dans ses ex-colonies, plus
particulièrement en Afrique et en Asie.

* Mépris envers les migrants, les pauvres, les jeunes, les femmes, les
travailleurs, les paysans, les minorités, les cultures, les différences.

* Dépossession du territoire, dans les champs et dans les différents
espaces publics urbains. Mais aussi dépossession du territoire mental à
travers la colonisation de nos rêves, de notre créativité et de nos
pensées.

* Répression. Outre les nouvelles lois antiterroristes qui justifient
l’hypersurveillance, la répression attaque tous les secteurs de la société
chaque fois plus : les chômeurs, les migrants, les adolescents, les
enfants, les rebelles, les sans-domicile, les malades mentaux...

Un exemple, il y a quelques mois, l’Union européenne a adopté une loi : un
immigré sans papiers en Europe peut être emprisonné jusqu’à dix-huit mois
avant d’être expulsé !

Et le gouvernement de France non seulement réprime mais il exporte ses
méthodes, savoirs, instruments et armes de répression. Ainsi, depuis dix
ans, il a signé un accord de coopération policière avec le Mexique qui a
permis au mauvais gouvernement mexicain de développer, entre autres, la
PFP.

En France, nous avons connu des gouvernements de toutes les couleurs
politiques et tous ont appliqué les "quatre roues" du capitalisme. Les
bénéfices sociaux conquis à travers les luttes sociales depuis le XIXe
siècle disparaissent peu à peu depuis trente années approximativement. Les
conditions de vie s’aggravent chaque fois plus. Et cela se produit parce
que les gouvernements travaillent en collusion avec les entreprises
capitalistes.

Nous allons être clairs : nous ne croyons pas dans la logique de la prise
du pouvoir ou dans les partis, même s’ils se disent anticapitalistes. Nous
nous reconnaissons dans les luttes et les mouvements de base qui
s’organisent d’une manière autonome. Nous savons qu’aucune amélioration ne
viendra d’en haut. Le capitalisme le sait bien, et c’est justement pour
cette raison qu’il réprime ceux d’en bas qui s’organisent.

Il y a peu de temps, le gouvernement a fait beaucoup de bruit autour de la
détention d’un groupe de jeunes, accusés sans preuves de sabotage. Ce
n’est pas un cas unique. Depuis plusieurs mois, il stigmatise ceux qu’il
appelle anarchistes, autonomes ou terroristes : des jeunes qui essayent de
s’opposer et qui construisent des alternatives au système capitaliste dans
leur espace de vie.

Toute cette publicité, ces emprisonnements sont une manière d’effrayer les
gens et une tentative pour décourager les révoltes. Bien évidemment, il
s’agit de préparer les répressions.

Dans ce même contexte, on voit la criminalisation des occupations de
maisons, les expulsions violentes et la guerre systématique contre les
sans-papiers. La répression des sans-papiers est si forte à travers
l’emprisonnement, la violence policière, l’expulsion forcée, que certains
meurent dans leur tentative d’échapper à la police.

Comment résiste-t-on en France ?

Ces situations provoquent des réponses et des luttes de tout genre, comme,
en 2005, la révolte spontanée où les banlieues se sont enflammées après la
mort de deux jeunes poursuivis par la police.

En ce qui concerne les politiques de rejet des migrants, en 1996 les
clandestins se sont fait connaître à tous, réclamant non seulement leur
régularisation mais aussi affirmant leur dignité et leur liberté de
circulation. Depuis ce moment, ils se rendent visibles à travers des
actions comme des occupations : d’églises, de lieux de travail ou de
bâtiments publics. Le Neuvième Collectif de sans-papiers autogéré est né à
cette époque et continue à résister jusqu’à présent ; ce n’est pas le seul
mais c’est un des plus actifs. Plusieurs groupes, réseaux et individus se
mobilisent pour soutenir leurs luttes.

Cette question des migrants a un lien avec le territoire et c’est pour
cela que nous luttons avec eux pour créer un espace qui ne soit pas limité
par des frontières mais qui soit construit par ceux qui l’habitent.

Le territoire est très important car il implique la manière de lutter. Les
migrants, les jeunes, les individus ou les familles qui ont décidé
d’occuper des maisons et des bâtiments dans les villes, pour avoir des
toits, des logements, des espaces collectifs et culturels, l’ont très bien
compris. Aujourd’hui, la répression rend cela chaque fois plus difficile.

Beaucoup de lieux sont ainsi nés dans la campagne et dans les villes en
essayant de construire une alternative aux réalités du monde capitaliste,
en partageant des connaissances et en résistant à la perte du territoire.

Ainsi sont nées beaucoup d’autres luttes, petites ou grandes, où les gens
s’opposent aux projets de développement du gouvernement (supermarchés,
ponts, autoroutes, aéroports...), au pillage des ressources naturelles, au
nucléaire ou aux transgéniques.

À la fin des années 1990, des paysans et des organisations ont commencé à
s’organiser contre les cultures transgéniques ; de là est né le mouvement
de base de ceux qui se nomment les Faucheurs volontaires. Ils continuent à
faucher des champs plantés de transgéniques et, bien qu’ils accumulent les
procès, ils obtiennent aussi la quasi-disparition des cultures
transgéniques.

De nouvelles relations se développent entre la campagne et la ville à
travers les Associations pour le maintien de l’agriculture paysanne. Des
groupes de voisins se mettent en relation avec des paysans pour sortir des
grandes chaînes de commerce capitaliste, obtenir directement auprès des
paysans une partie des aliments et rapprocher ainsi la campagne et la
ville. Dans ce processus, il s’agit aussi de récupérer des terres des
mains de grands propriétaires industriels pour les cultiver de manière
collective.

En France, alors que le démantèlement du système de protection sociale et
des services publics avance, sont nés des mouvements de résistance sociale
qui sont confrontés à la perte de leur autonomie face aux appareils
syndicaux et à la classe politique. Ainsi, beaucoup de ces mouvements d’en
bas, qui n’arrivent pas à maintenir leur autonomie et leurs luttes,
finissent par accepter des accords signés entre ceux d’en haut.

Les ponts que nous essayons de créer entre ici et là-bas

En tant que comité, nous nous sommes donné quatre tâches principales :

• Ouvrir un espace en langue française diffusant et traduisant
l’information, les communiqués et les analyses du mouvement zapatiste et
indigène au moyen d’une liste de diffusion et d’un site sur Internet, de
débats, de projections et de tables de presse ;

• Faire pression sur le gouvernement mexicain en organisant des
rassemblements et des manifestations, en rédigeant des communiqués ;

• Réunir un appui matériel pour les communautés insurgées du Chiapas grâce
aux bénéfices tirés de concerts de solidarité, de vente d’artisanat, de
repas solidaires ou de vente de café des coopératives zapatistes à travers
l’association Échanges solidaires ;

• Nous essayons aussi de nous focaliser sur la question de l’autonomie et
du territoire que l’on est en train de perdre, démontés par le système
capitaliste.

À travers la visite de Gloria Muñoz Ramirez, de Juan Chávez, membre du
Congrès national indigène, de compañeras et compañeros d’Atenco, d’Oaxaca,
de l’Autre Campagne de New York, nous essayons de mettre en relation les
luttes autonomes liées à la question sociale, paysanne et urbaine ici et
là-bas.

En 2005, le Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte a
adhéré avec enthousiasme à la Sixième Déclaration. Avec l’Autre Campagne,
le chemin que nous suivons devient plus ample. La construction d’un réseau
dans lequel toutes les révoltes, "en bas et à gauche", se rencontrent
ouvre l’espace d’un monde de liberté, justice et démocratie.

Avec des rencontres, des événements, des initiatives, nous essayons de
créer cet autre monde d’en bas à gauche en mettant en rapport des idées et
des expériences de lutte.

Nous voulons terminer avec un message de Limaba, paysan africain du
Burkina Faso, qui a découvert la lutte indigène et le mouvement zapatiste
grâce à sa rencontre avec Juan Chávez en Europe. Malheureusement, ce
compagnon n’a pas pu venir ici à cause des problèmes de visa. Voici son
message :

"Je salue la chère et fraternelle communauté indigène du Mexique. J’admire
son courage, sa combativité et sa détermination à revendiquer ses droits.
Un bel exemple et un des rares qui existent encore aujourd’hui de lutte
contre la pire gestion de la société : le capitalisme.

Je vous souhaite à tous un bon festival."

Merci.

Le Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte

Un grand merci à Chantal pour la traduction.


--
Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte (CSPCL, Paris)
33, rue des Vignoles - 75020 Paris - France
assemblée (hebdomadaire et ouverte) le mercredi à partir de 20 h 30
http://cspcl.ouvaton.org
cspcl@altern.org
listes d'information : http://listes.samizdat.net/sympa/info/cspcl_l
http://listes.samizdat.net/sympa/info/cspcl-fr

mercredi 7 janvier 2009

SEPT VENTS DANS LES CALENDRIERS ET DANS LES GÉOGRAPHIES D’EN BAS

(SEPT VENTS DANS LES CALENDRIERS ET DANS LES GÉOGRAPHIES D’EN BAS)

Premier vent : une digne jeunesse enragée
(groupe de discussion du 2 janvier).

Compañeros et compañeras,
Bien le bonjour,

C’est le lieutenant-colonel insurgé Moisés, de l’EZLN, qui vous parle.

En premier lieu, nous tenons à remercier le docteur Raymundo et les
compañeros et compañeras qui l’assistent dans sa tâche pour l’hébergement
qu’ils nous ont procuré pour les jours qui viennent.

Notre réunion se poursuit, autrement dit le festival de la Digne Rage.

Souhaitons de tout cœur que nous puissions nous retrouver une fois de plus
porteur de la digne rage qui est en chacun et en chacune de nous.

Cette fois-ci, ont répondu à l’appel : 1 155 personnes responsables de 109
stands d’exposition, appartenant à 228 collectifs et organisations en
provenance de 27 États de la République mexicaine, sur le plan national.

En ce qui concerne l’international, sont venues : 270 personnes
responsables de 139 stands d’exposition, appartenant à 57 collectifs et
organisations en provenance de 25 pays du monde.

Ont participé : 90 groupes culturels de musique, de théâtre, de danse, de
contes, de marionnettes, de poésie, etc., venus de 10 États mexicains
ainsi que d’autres pays.
Chaque jour, plus de 2 000 observateurs sont passés, dont de nouvelles
personnes à chaque fois.
Trois expositions de photographie et une exposition de peinture ont été
montées.
Vingt-cinq vidéos de lutte au Mexique et dans le monde ont été projetées.

Nous aimerions présenter les compañeros et compañeras de l’EZLN présents
pour l’occasion.

Pour rappeler la présence de notre inoubliable compañera commandante
Ramona, les compañeras suivantes sont avec nous :
La compañera commandante Susana,
La compañera commandante Miriam,
La compañera commandante Hortensia,
La compañera commandante Florencia,
La compañera Everilda,
La compañera capitaine insurgée Elena,
Ainsi que les compañeros :
Le compañero commandant David,
Le compañero commandant Zebedeo,
Le compañero commandant Tacho,
Le compañero commandant Guillermo.
Également, pour les enfants zapatistes :
La compañera Toñita,
La Lupita et le gamin sous-commandant Marcos.

Bien, compañeras et compañeros.

Nous sommes ici pour nous communiquer les différentes rages que nous
possédons, dont nous souffrons dans chacun des pays, dans chacune des
villes où chacun et chacune d’entre nous lutte. Dans nos entreprises, dans
nos écoles, dans nos terres communales, nos villages, nos ejidos, nos
cités.

Nous sommes ici pour nous raconter comment nous luttons et comment nous
nous organisons, avec des types de rages différentes, contre le
capitalisme néolibéral.

Digne doit être la rage car, faute d’en être ainsi, on se vend, on se rend
et on vacille. C’est pourquoi cette rage doit être digne, jusqu’à ce que
le peuple commande en obéissant et que le bon gouvernement obéisse.

Il est donc très important que nous nous écoutions et que nous nous
rencontrions comme nous le faisons en ce moment. Nous ne sommes pas ici
pour faire acte de présence et savoir qui va prendre la direction du
nouveau monde que nous voulons.

Non, tous et toutes autant que nous sommes, nous allons forger petit à
petit le changement que nous voulons. Chacun et chacune opérera le
changement qui lui semble nécessaire, supprimer ce qui ne sert pas et
n’aide pas le peuple pauvre, dans ce que nous a laissé le capitalisme.

Il est important que nous nous écoutions parler de la façon dont luttent
nos différentes organisations dans le monde et dans chacun des pays, car
de cette manière nous nous aidons mutuellement, nous nous communiquons
comment mieux évincer le capitalisme et lui fermer le pas, au moment où il
prétend régner sur le monde avec son argent.

Nous pensons qu’il est primordial de ne pas perdre cela de vue. Si nous
sommes ici, ce n’est pas pour démontrer qui est le plus révolutionnaire,
ce n’est pas pour rivaliser à qui en sait plus et qui est moins que
l’autre.

Comme je l’ai déjà expliqué, nous sommes ici pour nous aider mutuellement,
pour savoir de quelles façons luttent les uns et les autres, dans les
parties de ce monde où nous vivons.

Que chacun et chacune communiquent leurs différentes expériences de lutte,
afin de voir s’il existe des conditions de lutte et d’organisation en
chacun des endroits où nous vivons.

Nous croyons que ce festival est une excellente occasion pour que nos
compañeros et compañeras du Congrès national indigène du Mexique se
racontent et nous parlent de leur digne rage de lutte car ils ont
largement démontré que leur lutte continue toujours et continuera.

Nous croyons aussi qu’ils sont là pour recevoir le foisonnement
d’expériences qui seront évoquées au cours des jours qui suivent. Et nous
pensons que c’est de cette manière que nous devons tous et toutes être
ici, pour donner et pour recevoir.

Voilà l’objectif du Premier Festival mondial de la digne rage.

Merci beaucoup, compañeros et compañeras.


SEPT VENTS DANS LES CALENDRIERS ET DANS LES GÉOGRAPHIES D’EN BAS

Premier vent : une digne jeunesse enragée.

Bonsoir,

Sintrófisa, síntrofe, Ekseyerméni Eláda. Emís, i pió mikrí, apó aftí ti
goniá tu kósmu se jeretáme.
Déksu ton sevasmó mas ke ton zavmasmó mas giaftó pu skéftese ke kánis. Apó
makriá mazménume apó séna. Efjaristúme.

(J’espère n’avoir proféré aucune grossièreté. Ce que je voulais dire,
c’est : "Compañera, Compañero, Grèce rebelle, Nous, les plus petits,
depuis cet endroit reculé du monde, nous te saluons. Reçoit notre respect
et notre admiration pour ce que tu penses et ce que tu fais. D’ici, au
loin, nous apprenons de toi. Merci.")

I

Des violences et d’autres choses

Il y a longtemps que le problème posé par les calendriers et les
géographies empêche de dormir le Pouvoir et a lui ôté de son lustre. Dans
les uns comme dans les autres, il a vu (et verra) l’engrenage reluisant de
sa domination se bloquer et se décomposer. De sorte qu’il faut prendre un
soin extrême dans le maniement des calendriers et des géographies.

En ce qui concerne les géographies, l’affaire semble entendue : à en
croire leur simulacre, la Grèce serait très loin du Chiapas. Tandis qu’à
l’école on enseigne qu’un océan sépare le Mexique de la France, du Pays
basque, de l’Espagne et de l’Italie. Et quand on regarde une carte, on
peut constater que New York se situe très au nord du Chiapas indigène
mexicain, chose qui a été réfutée il y a quelques heures à peine par les
compañeras et compañeros du mouvement Justicia para el Barrio (Justice
pour le Barrio [quartier]). Quant à l’Argentine, elle serait très au sud
de ces terres, chose que conteste fermement le compañero de Solano qui
vient d’achever son exposé.

En réalité, une telle séparation n’existe ni en haut ni en bas. La brutale
mondialisation néolibérale (la quatrième guerre mondiale, comme disent les
zapatistes) a placé les lieux les plus distants dans une simultanéité
spatiale et temporelle pour le flux des richesses… et pour leur
appropriation.

Au diable les contes pleins de fantaisie sur les prétendus
découvreurs-conquérants héroïques terrassant par l’épée et par la croix la
faiblesse de ceux que l’on "civilisait". En lieu et place des trois
caravelles bien connues, un ordinateur à haut débit. En lieu et place d’un
Hernán Cortés, un automate simultané érigé en gouvernement dans le moindre
recoin de la planète. En lieu et place d’épées et de croix, une machine de
destruction massive et une culture qui partage avec le fast food non
seulement son omniprésence (McDonald’s, comme dieu, est partout), mais
aussi son caractère indigeste et son pouvoir nutritif nul.

C’est cette même mondialisation qui fait que les bombes des gouvernements
israélien et nord-américain s’abattent sur Gaza en faisant trembler le
monde entier.

Avec la mondialisation, le monde entier de l’en haut est mis à notre
portée… ou, plus exactement, ouvert à notre regard et à notre conscience.
Les bombes qui assassinent des civils palestiniens constituent également
un avertissement à retenir et à assimiler. La chaussure lancée sur Bush en
Irak est quelque chose qui peut se reproduire n’importe où ailleurs sur le
globe.

Tout cela est décidément lié au culte de l’individu. L’euphorie
enthousiaste qu’à suscitée chez les bien-pensant cette chaussure lancée
sur Bush (qui ne fait que démontrer que le journaliste en question ne sait
pas viser) ne revient qu’à célébrer un geste courageux, certes, mais
inutile et sans conséquence aucune en ce qui concerne l’essentiel, comme
l’a démontré quelques semaines plus tard le soutien inconditionnel apporté
par le gouvernement de Bush au crime que perpètre le gouvernement
israélien en territoire palestinien, crime qui est soutenu également – que
l’on me pardonne d’ôter ses illusions à quiconque avait allumé un cierge
au pied de la photo de Barack Obama – par le successeur de Bush.

Et tandis que le coup raté en Irak hérite d’applaudissements,
l’insurrection à Gaza ne suscite qu’inquiétude et préoccupation : "On
court le risque, nous prévient-on en guise d’exorcisme, que la rébellion
en Grèce s’étende au reste de l’Europe."

Nous avons déjà pu entendre et lire tout ce qui nous a été communiqué par
la jeunesse rebelle grecque sur sa lutte et sur ce à quoi elle s’affronte.
Nous avons pareillement entendu et lu ce que disent ceux qui se préparent
à résister en Italie à la force du gouvernement. De même pour la lutte
quotidienne de nos compañeras et compañeros au nord du Nord.

Face à cela, en haut, tout le monde sort son dictionnaire pour y trouver
le mot "violence" et l’opposer à "institutionnel". Après quoi, sans y
donner de contexte, c’est-à-dire sans parler de classe sociale, les mêmes
accusent, jugent et condamnent.

Ils nous disent que la jeunesse grecque qui met le feu aux poudres dans la
péninsule hellénique est violente. Évidemment, on préfère oublier,
mutiler, effacer le fait que la police y a assassiné un jeune.

Au Mexique, dans la géographie tracée par la ville du même nom, Mexico, un
gouvernement de la gauche institutionnelle a assassiné un groupe de
jeunes, des adolescents pour la plupart. Une partie de l’intelligentsia
progressiste a conservé un silence complice sous prétexte que cela ne
ferait que distraire l’attention du public, que l’on disait concentrée sur
le cirque carnavalesque orchestré autour de la prétendue défense du
pétrole mexicain. L’agression sexuelle commise ensuite sur des jeunes
femmes dans les cellules de la police a été couverte par les grands
renforts de tambours et trompettes annonçant une consultation qui a été un
échec cuisant. En revanche, aucune condamnation de la violence d’une
police qui, contrairement à ce que l’on a dit, n’a pas agi
inconsidérément. Cette police a été préparée depuis des années pour
réprimer, pour harceler et pour abuser des jeunes, des vendeurs ambulants,
des travailleurs et des travailleuses du sexe, des habitants de cités et
quiconque conteste le gouvernement des patinoires, des mégaspectacles
style Fujimori et des recettes de biscuits. N’oublions pas que la doctrine
qui sous-tend les agissements de cette police a été importée à Mexico par
l’actuel président mexicain “légitime” quand il était au pouvoir dans le
DF.

À Mexico comme en Grèce, les gouvernements assassinent des jeunes.

La paire gouvernementale USA-Israël montre aujourd’hui à Gaza la marche à
suivre : il est plus efficace de tuer les habitants quand ils ne sont
encore que des enfants.

Auparavant déjà, au Mexique, il y a dix ans selon le calendrier actuel, de
jeunes étudiants de l’UNAM ont déclenché un mouvement qui désespérait la
gauche bien-pensante, une gauche hystérique, comme aujourd’hui, qui les a
furieusement calomniés et discrédités. À l’époque aussi, on a dit que
c’était un mouvement violent qui ne visait qu’à distraire l’attention de
la grise campagne électorale du gris candidat à la présidence du gris
Parti de la révolution démocratique. Dix ans plus tard, aujourd’hui, il
convient de rappeler que l’UNAM continue d’être une université publique et
gratuite grâce aux efforts acharnés de ces femmes et de ces hommes, de ces
jeunes que nous saluons en ce jour.

Cependant, dans notre douloureux Mexique, ceux qui méritent la palme en
matière d’us et abus de la tergiversation du terme “violence”, ce sont
Felipe Calderón Hinojosa et les médias qui l’accompagnent (toujours moins,
d’ailleurs). Dans son immense sagesse, monsieur Calderón, amateur des jeux
de stratégie en temps réel sur ordinateur (son jeu favori, a-t-il déclaré
un jour, est "Age of Empires", "L’Époque des empires"), a décidé qu’au
lieu de pain et de jeux, le peuple devait recevoir du sang. Étant donné
que les hommes politiques professionnels se chargent du cirque et que le
pain est une denrée très chère, Calderón, s’appuyant sur un camp de
narcotrafiquants, a décidé de faire la guerre à l’autre camp. Violant la
Constitution, il a dépêché l’armée pour assurer le labeur de la police, du
ministère public, des tribunaux, des gardiens de prison et des bourreaux.
Le fait qu’il est en train de perdre cette guerre, personne ne l’ignore
sauf les membres de son cabinet ; et le fait que la mort de sa compagne
sentimentale a été un assassinat, on le sait aussi sans que cela ait
besoin d’être publié dans les journaux.

Et dans leur guerre, les forces du cabinet de Calderón ont à leur actif
l’assassinat de bon nombre de personnes qui ne devaient rien à personne,
d’enfants et de bébés qui n’ont pas encore vu le jour.

Avec Calderón à la barre, le gouvernement du Mexique se tient un pas en
avant de celui des États-Unis et d’Israël : lui, il les tue dès qu’ils
sont dans le ventre maternel.

On a dit, pourtant, et les éditorialistes et animateurs de radios le
répètent encore, que l’on allait employer la force de l’État pour
combattre la violence du crime organisé.

Or il est de plus en plus évident que le crime organisé c’est celui qui
dirige la force de l’État.

Mais peut-être ne s’agit-il que d’un intelligent stratagème de Calderón,
dont l’objectif est de distraire l’attention. Il se peut en effet que le
public, occupé comme il l’est par l’échec sanglant de la guerre contre le
narcotrafic, ne se rende pas compte de l’échec cuisant de son cabinet en
matière de politique économique.

Revenons cependant à la condamnation de la violence qui est faite en haut.

On opère une transformation fallacieuse, une fausse tautologie : en haut,
on prétend condamner la violence, mais en fait on condamne l’action.

Pour ceux d’en haut, la contestation est un mal saisonnier du calendrier
ou, quand c’est jusqu’au calendrier qui est remis en question, une
pathologie cérébrale que l’on soigne, selon certains, à force d’une grande
concentration mentale, en se mettant en harmonie avec l’univers, comme ça
tout le monde est un être humain… ou un citoyen.

Pour ces violents pacifistes, tout le monde est un être humain. La jeune
Grecque qui lève une main brandissant un cocktail Molotov est humaine,
comme l’est le policier qui assassine tous les Alexis qui ont existé et
existeront dans le monde ; l’enfant palestinien qui pleure à l’enterrement
de ses frères tués par les bombes israéliennes est humain, comme l’est le
pilote du chasseur bombardier au fuselage arborant l’étoile de David ;
monsieur George W. Bush est humain, comme l’est le sans-papiers assassiné
par la Border Patrol dans l’Arizona, USA ; le multimillionnaire Carlos
Slim est humain, comme l’est la salariée d’un magasin Sanborns qui met
trois ou quatre heures pour aller au travail et en repartir et qui est
foutue à la porte si elle arrive en retard ; monsieur Calderón, qui se
prétend chef de l’exécutif fédéral mexicain, est humain, comme l’est le
paysan dépossédé de ses terres ; monsieur López Obrador est humain, comme
le sont les indigènes assassinés au Chiapas, qu’il n’a jamais vus ni
entendus ; monsieur Peña Nieto, prédateur de l’État de Mexico, est humain,
comme l’est le paysan Ignacio del Valle, membre du FPDT, emprisonné pour
avoir défendu les pauvres ; bref, les hommes et les femmes qui possèdent
richesses et pouvoir sont humains, comme le sont les femmes et les hommes
qui n’ont rien d’autre que leur digne rage.

Avec tout ça, en haut, ils n’hésitent pas à demander et à exiger "qu’on
dise non à la violence, d’où qu’elle vienne". "D’où qu’elle vienne", oui,
mais en prenant bien soin d’insister lourdement sur la violence qui vient
d’en bas.

Selon eux, tous et toutes doivent vivre en harmonie afin de résoudre leurs
différences et leurs contradictions et pouvoir crier le slogan "Le peuple
armé aussi est exploité", en parlant des soldats et des policiers,
s’entend.

Notre position en tant que zapatistes est claire : nous ne soutenons pas
le pacifisme brandi comme un étendard pour que ce soit quelqu’un d’autre
qui tende la joue, pas plus que nous ne voulons d’une violence encouragée
quand ce sont les autres qui fournissent les morts.

Nous sommes ce que nous sommes, avec tout ce qu’il y a de bon et de
mauvais en nous et qui constitue notre responsabilité.

Il serait cependant naïf de penser que tout ce que nous avons réussi à
faire de bon, y compris le privilège de pouvoir vous écouter et apprendre
de vous, aurait été possible sans une décennie entière de préparation pour
que voie le jour notre 1er Janvier comme il l’a fait il y a maintenant
quinze ans.

Ce n’est ni avec une manifestation ni avec un manifeste des soussignés que
nous nous sommes fait connaître. C’est avec une armée en armes, avec des
combats contre les forces fédérales mexicaines et avec une résistance
armée que nous nous sommes fait connaître au monde.

Nos compañeros et compañeras tués, morts ou disparus, l’ont été dans une
guerre violente qui n’a pas commencé il y a quinze ans mais il y a cinq
cents ans, deux cents ans, cent ans.

Je ne suis pas en train de faire l’apologie de la violence, je signale un
fait vérifiable : en guerre vous nous avez connus, en guerre nous nous
sommes maintenus ces quinze dernières années, en guerre nous continuerons
jusqu’à ce que cette petit partie du monde appelée le Mexique prenne en
main son destin, sans pièges, sans supplantations, sans simulacres.

Le Pouvoir a dans la violence un instrument pour assurer sa domination,
mais il en a d’autres dans l’art et la culture, dans la connaissance, dans
l’information, dans le système assurant la justice, dans l’éducation, dans
la politique institutionnelle et, bien entendu, dans l’économie.

Toute lutte, tout mouvement, dans le cadre de sa propre géographie et de
son propre calendrier, doit recourir à diverses manières de lutter. La
violence n’est pas la seule et probablement pas la meilleure, mais c’est
l’une d’entre elles.

Affronter le canon de fusils avec des fleurs est un beau geste, à tel
point que des clichés photographiques sont là pour le graver dans la
postérité. Mais il est parfois nécessaire de faire que ces fusils changent
de direction et soient pointés vers l’en haut.

L’accusateur et l’accusé

On nous accuse de beaucoup de choses. Nous sommes probablement coupables
de certaines d’entre elles, mais pour l’heure je voudrais m’arrêter sur
une de ces choses :

Nous n’avons pas remis l’horloge du temps à l’heure de ce 1er janvier-là,
pas plus que nous n’en avons fait une fête nostalgique célébrant une
défaite, comme l’ont fait avec 1968 certains et certaines appartenant à la
génération concernée dans le monde entier, comme on l’a fait au Mexique
avec 1988 et même, aujourd’hui, avec 2006. Je reviendrais par la suite sur
ce culte maladif des calendriers truqués.

Nous n’avons pas non plus reconstruit l’histoire en signalant que nous
sommes ou que nous avons été les seuls ou les meilleurs ou les deux à la
fois (ce que fait cette hystérie collective qu’est le mouvement
“lopezobradoriste”, mais je reviendrai aussi là-dessus).

Il y a eu et il y a des gens qui nous critiquent pour ne pas être passés à
la realpolitik en profitant de ce que nos actions en politique,
c’est-à-dire notre taux d’audience médiatique, garantissait un bon prix
pour notre dignité sur le marché des options électorales (et non
politiques).

Concrètement, ces gens-là nous accusent de ne pas avoir succombé à la
séduction du pouvoir, cette même séduction qui a fait que des gens de
gauche très brillants disent et fassent certaines choses qui feraient
honte à n’importe qui.

Ils nous accusent aussi de "déviance ultra" ou de "radicalisme" parce que
dans la Sixième Déclaration nous nommons le système capitaliste comme
cause des principaux maux dont souffre l’humanité. Ils n’insistent plus
trop là-dessus aujourd’hui, parce que même les porte-parole du capital
financier de Wall Street le disent.

Au fait, maintenant que tout le monde parle et rabâche sur la crise
mondiale, on devrait peut-être se rappeler qu’il y a treize ans, en 1996,
elle avait été annoncée par un scarabée digne et enragé. En effet, Don
Durito de La Lacandona, dans l’exposé le plus bref qu’il m’ait été donné
d’écouter dans ma courte vie, disait : "Le problème avec la globalisation,
c’est qu’au bout d’un moment les globes éclatent."

Ils nous accusent de ne pas nous restreindre à la survie qu’au prix de
sacrifices et avec l’aide de ceux d’en bas dans les recoins de cette
planète nous avons construite sur ces terres indiennes et de ne pas nous
enfermer dans ce que les esprits lucides (c’est le nom qu’ils se donnent)
appellent "le laboratoire zapatiste" ou "la commune de La Lacandone".

Ils nous accusent d’être sortis, plus d’une fois, pour affronter le
Pouvoir et rechercher d’autres femmes, d’autres hommes, vous autres, qui
s’y affrontent sans fausses consolations ou conformismes.

Ils nous accusent d’avoir survécu.

Non, ils ne parlent pas de notre résistance qui nous permet de dire,
quinze ans plus tard, que nous poursuivons notre lutte, et non pas
seulement que nous sommes toujours en vie.

Ce qui les dérange, c’est que nous ayons survécu en tant qu’autre
référence de lutte, de réflexion critique, d’éthique politique.

Ils nous accusent, qui l’eût cru, de ne pas nous être rendus, de ne pas
nous être vendus, de ne pas avoir dévié en chemin.

Ils nous accusent, en somme, d’être des zapatistes de l’Armée zapatiste de
libération nationale.

Aujourd’hui, cinq cent quinze ans plus tard, deux cents ans plus tard,
cent ans plus tard, vingt-cinq ans plus tard, quinze ans plus tard, cinq
ans plus tard, trois ans plus tard, nous disons : nous sommes coupables.

Et, attendu que c’est la manière des néozapatistes, non seulement nous
l’avouons, mais nous le célébrons.

Nous n’imaginions pas que cela aurait pu faire mal aux gencives à certains
qui là-haut simulent le progressisme ou revêtent les habits d’une gauche
d’un jaune délavé ou sans couleur, mais nous le dirons :

L’EZLN vit, vive l’EZLN !

Merci beaucoup.

Sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, le 2 janvier 2009.

P.-S. : Sept contes pour Personne.

Conte 1 : Ça s’est passé comme ça…

Nous avons entendu le lieutenant-colonel insurgé Moisés me présenter comme
membre de l’enfance zapatiste. Qui sait, c’est peut-être par défi envers
le calendrier que les zapatistes en viennent à prendre de l’âge à
l’envers, de sorte qu’au lieu des cinq cent dix-sept ans que me donne mon
certificat de naissance, je viens d’avoir cinq ans puis ai entamé mes six
ans, autrement dit j’ai sept ans maintenant. C’est possible. Après tout,
s’il y a bien quelque chose que le zapatisme a démontré, c’est que
beaucoup de choses qui semblaient impossibles deviennent possibles avec de
l’imagination, de l’ingéniosité et de l’audace.

En défense de mon calendrier de l’absurde, je peux affirmer que je partage
avec les petites filles et les petits garçons la phobie des piqûres et un
goût forcené pour les contes et récits.

Il y a quelque temps, devisant avec une compañera de la ville, je lui
parlais de certaines des choses qui se passent par ici. Elle me disait
qu’elle ne me croyait pas. À quoi je lui ai répondu que je la comprenais
parfaitement, et d’ailleurs que c’était pour ça que je les racontais sous
forme de contes sinon personne n’y croirait.

Dans nos montagnes, il se passe des choses que vous trouveriez sans doute
incroyables. Alors, c’est comme ça que je vais vous les raconter, comme si
c’était des contes.

Parce qu’il semble en effet incroyable que dans nos montagnes habite un
scarabée qui joue les chevaliers errants ; qu’il existe une pierre
anticonformiste qui s’entraîne pour devenir nuage ; que le Sup s’acoquine
avec des petits garçons et des petites filles zapatistes pour rédiger une
partie du Programme national de lutte qui interdit strictement la
production, le trafic et la consommation de piqûres ; que le Vieil Antonio
surgissent régulièrement pour venir raconter des histoires que lui ont
enseignées les tout premiers d’entre les dieux, ceux qui ont accouché du
monde ; qu’Elias Contreras, "Commission d’enquête de l’EZLN", était déjà
mort quand il est allé à la ville pour combattre le Mal et le Méchant ;
qu’un homosexuel travailleur sexuel lui sauve paradoxalement la vie,
puisqu’il était déjà mort, par un froid matin de la capitale, et qu’il
s’exprime parfois en argot de skateur ; que la Toñita ait trois
générations et six ans sur le dos et qu’elle débarque sans permission au
Commandement général de l’EZLN ; que la Lune prenne parfois une cuite par
mal d’amour ; que les petits garçons et les petites filles pensent et
agissent comme si le Sup n’était qu’un gamin parmi tant d’autres mais qui
n’a pas abandonné cette tétine bizarre qui émet de la fumée ; que
l’insurgée Erika ait refondu le marxisme avec une tendance franchement
féministe ; que l’autre jour on ait lancé une bombe dans une caserne
zapatiste et que personne ne soit mort ; qu’Ombre le Guerrier ait été
maudit par une Lune rancunière et dépitée, mais qui continue pourtant à
vouloir se perdre ; qu’il y ait un hibou qui, au lieu du grec et du latin,
étudie les catalogues de lingerie féminine ; qu’il existe une petite fille
qui s’appelle Décembre et qui, comme son nom l’indique, est née en
novembre ; ou que Moy sache parfaitement que quand on ne trouve pas le Sup
au Commandement général, il faut aller le chercher tout en haut du
fromager.

Alors, au lieu de discuter sur la véracité d’événements aussi quotidiens
dans nos montagnes, me voilà, moi, un sous-commandant quelconque, et je
vous le raconte comme si c’était un conte.

Il y a quelques instants, nous avons remis à la compañera qui nous a parlé
de la Grèce insurgée un tableau peint par Beatriz Aurora, une compañera de
la ville. Le tableau en question montre avec beaucoup de couleurs la ville
de San Cristóbal de Las Casas, au Chiapas, et dans chaque couleur on
pointe les lieux où travaillent des personnes qui luttent comme nous, mais
sans armes ni passe-montagnes.

On comprendra sans doute mieux la signification d’un tel présent après
avoir entendu ce que je vais vous raconter maintenant.

Il y a quinze ans, nos troupes se sont emparées de sept chefs-lieux :
Altamirano, Chanal, Las Margaritas, Ocosingo, Oxchuc et San Cristóbal de
Las Casas. Les forces gouvernementales qui les gardaient se sont rendues
ou avaient été surprises.

Il est fort possible que ce soit la prise de cette ville où nous sommes
réunis aujourd’hui, San Cristóbal de Las Casas, bastion ladino du racisme,
qui est ce qui nous a fait connaître au monde. Peut-être bien.

Ce que je sais, en tout cas, c’est que c’est la prise d’Altamirano, de Las
Margaritas et d’Ocosingo qui a assuré notre domination sur le territoire
et qui nous a permis de nous emparer des bonnes terres cultivables, de les
reprendre après cent ans de spoliation. La prise des terres a été la base
économique sur laquelle s’est construite l’autonomie zapatiste.

J’ai déjà évoqué ce point il y a un an, mais les personnes qui voudraient
creuser cette question devront faire des recherches dans Internet ou en
dégoter une édition marginale car il semble bien que tout ce qui n’est pas
pour ou contre le mouvement "lopezobradoriste" n’est pas publié.

Parlant d’imagination, d’ingéniosité et d’audace pour rendre possible
l’impossible, les récits que je vais vous narrer ne sont pas des contes et
ne sont pas zapatistes. Mais il se réfère à ce qui s’est passé il y a
quinze ans, à ce qui a ébranlé le monde et, comme on le verra,
l’inframonde des indigènes.

L’un de ces récits provient d’un indigène tsotsil partisan du
gouvernement, l’autre d’un indigène non zapatiste qui survit en vendant
ses produits sur le marché de San Cristóbal. Il s’agit de la traduction en
espagnol d’une traduction en anglais d’une traduction en espagnol de
récits en tsotsil, aussi ce que vous allez entendre est-il un texte très
épuré dans sa rédaction comme dans son vocabulaire.

Traduction par Jan Rus, d’"Indigenous Revolts", de Marián Perez Tzu, pp.
122-128, Grosnor & Ouweneel, Cedia éditeur, Amsterdam, 1996. Repris dans
"Antigua y nueva palabra. Antología de la literatura mesoamericana desde
los tiempos precolombinos hasta el presente", Miguel León-Portilla et Earl
Shorris, avec Sylvia S. Shorris et Ascensión H. de León-Portilla,
pp.732-733, éd. Aguilar, Mexique, octobre 2004.

Alors voilà.

Début janvier : préparatifs et petite visite.

Avant l’invasion de San Cristóbal, tout le monde parlait continuellement
de la manière dont les soldats de la base militaire qui surveillait
l’entrée sud de la ville avaient piégé tous les alentours de leur caserne
et de comment ils avaient disposé des mines pour qu’il ne vienne jamais à
l’idée de personne de les attaquer. Si les pauvres indigènes osaient poser
un problème, disait-on, les soldats en auraient vite fini avec eux sur
place, avant même qu’ils puissent sortir de la forêt. Les officiers de
l’armée (mexicaine) sont passés maîtres dans l’art de tuer, disait-on, et
tout ce qu’ils ont à faire tous les jours, leur seule tâche, c’est
d’apprendre aux nouvelles recrues à tuer. Et comme si tout cela ne
suffisait pas à repousser un groupe de paysans pouilleux, entendait-on
tout le monde raconter, les soldats avaient tout un stock de bombes dans
leur caserne. Et ces bombes ne sont que des bombes spéciales pour tuer des
Indiens !

K’elavil, écoute voir, selon ce que l’on racontait, les soldats avaient
entouré leurs baraquements d’un fil spécial, connecté à une mine tous les
mètres. Si ces maudits Indiens avaient la mauvaise idée de s’approcher un
jour, disait-on, tout ce que les soldats avaient à faire était de se lever
de leurs couchettes et de toucher le fil avec un bout de métal – comme une
boîte de bière en fer blanc, par exemple – et toutes les mines
exploseraient. Pareil si les Indiens essayaient de couper le fil.

Bien entendu, les soldats ont la réputation de ne jamais dormir, aussi les
Indiens ne pourraient-ils même pas s’approcher des mines. Les soldats
s’imaginaient tout simplement que personne ne serait capable de
s’approcher de leur ligne de mines. Pourtant, en dépit de tous ces
préparatifs, qu’est-ce qui est arrivé ? Le 1er janvier (1994), les soldats
étaient bel et bien réveillés quand les zapatistes sont entrés dans San
Cristóbal ! Oui, mais ils ronflaient ! Ils n’ont pas vu les zapatistes
passer les postes de contrôle avec tous les autres passagers dans des
autobus de deuxième classe, de simples camions. Ils n’ont pas vu les
zapatistes descendre des camions à la gare routière et marcher sur le
centre-ville. Ils n’ont rien vu ! Et quand les soldats se sont réveillés,
les zapatistes avaient déjà encerclé le siège du gouvernement et avaient
déjà placé leurs propres sentinelles tout autour de la ville ! Au bout du
compte, c’est l’armée qui est restée enfermée au dehors de la ville,
coincée dans ses baraquements ! Les zapatistes ont été victorieux en les
ignorant, tout simplement ! Ce n’est que le lendemain, quand ils en ont eu
terminé avec ce qu’ils avaient à faire en ville, que les zapatistes sont
allés rendre une petite visite aux soldats !

Les zapatistes ne sont que des indigènes, mais ce que les officiers de
l’armée ont oublié c’est que les Indiens sont aussi des êtres humains. Et
comme ce sont des êtres humains, ils pouvaient eux aussi être armés et
entraînés comme des soldats. Tout ce dont ils avaient besoin c’est d’avoir
une idée. Et quand ils ont eu une idée, le développement de leur pensée a
été supérieur à celle de l’armée ! Ils ont humilié des officiers passés
maîtres dans l’art de tuer ! Depuis ce jour-là, nous tous les indigènes,
même ceux qui comme moi ne sont pas les ennemis du gouvernement, nous
ressentons une sorte de rire nous démanger la gorge.

S’il y a bien quelque chose de triste dans tout ça, c’est que, bien qu’ils
soient des être humains, à partir de là les zapatistes ont été obligés de
vivre en ce cachant, jusqu’à aujourd’hui. Ils ne peuvent pas dormir dans
leurs propres lits, ils ne peuvent pas vivre dans leurs foyers, ils
doivent restés tapis dans des grottes dans la forêt. Même quand ils
veulent voir des enfants, comme tout le monde, ils doivent avoir des
relations dans les grottes. Comme les tatous !

Fin du premier récit.

Et puisque nous parlons de calendriers d’en haut et d’en bas, rappelons
que quinze ans ont passé aussi depuis l’entrée en vigueur de l’Alena.
Alors, voici quelque chose sur les Accords de libre-échange…

Fin juin (janvier) : vers un marché libre.

Pendant plus ou moins les deux premières semaines du siège de San
Cristóbal, aucun fonctionnaire ladino ne s’est laissé voir en public, pas
plus que des policiers, pas même un agent de la circulation ou un
collecteur de taxes du marché. Pas un seul. Ils avaient tous disparu ! Ils
avaient tellement peur des zapatistes qu’ils se sont terrés. Mais dès
l’instant où ils ont été sûrs que l’armée zapatiste s’était retirée et
qu’elle ne reviendrait pas, alors là, paf, aussitôt les agents de la
circulation ont refait surface et ôté les plaques des véhicules, la police
municipale a recommencé à cogner sur les ivrognes et les collecteurs
d’impôts à courser les pauvres femmes qui essayaient de vendre leurs
tomates et leurs citrons au coin des rues. Subitement, quand les
zapatistes sont partis, ils ont cessé d’avoir peur. Mais tout le temps que
les zapatistes étaient ici, ils sont restés tapis chez eux dans leurs
chambres, tous les rideaux fermés, tremblant de peur. Ils n’arrivaient
même pas à coucher avec leur femme tellement ils avaient la trouille.

Vous vous rendez compte de ce que ça veut dire ? Qu’ils avaient peur des
indigènes ! Parce que c’est ce que sont les zapatistes, des indigènes.
Quand nous, les autres indigènes, nous nous en sommes rendu compte, nous
nous sommes tout de suite sentis plus forts. Forts comme les zapatistes.
Les métis de San Cristóbal nous avaient toujours méprisés, rien que parce
que nous ne parlions pas correctement l’espagnol. Mais maintenant, tout
avait commencé à changer.

Pour vous donner un exemple, à la mi-janvier, quand les fonctionnaires
restaient encore cachés chez eux, les indigènes qui vendaient du charbon
de bois se sont réunis et ont constitué l’organisation zapatiste de
vendeurs de charbon de bois. Après, sans demander la permission à
personne, ils ont quitté le terrain vague où on les avait toujours obligés
à rester auparavant pour s’installer dans la rue exactement à côté du
marché municipal.

Le charbon de bois, c’est particulièrement sale. Ça couvre tout ce qui est
autour d’une poussière noire. C’est pour ça que les employés du marché les
avaient toujours maintenus à l’écart de la section du marché que
fréquentaient "les gens décents" et les touristes. Mais comme il n’y avait
plus personne pour les en empêcher, les vendeurs de charbon de bois ont
enfin pu être à côté de tous les autres.

Il y avait aussi beaucoup d’autres indigènes qui étaient toujours relégués
loin du marché. Quand ils ont vu que les vendeurs de charbon de bois
avaient changé d’endroit sans demander l’autorisation de personne, ils ont
commencé à venir demander si eux aussi pouvaient le faire. Sapristi !
Rapidement, il y a eu deux cents personnes assises alignées en rangs bien
ordonnés qui vendaient leurs légumes, leurs fruits et leur charbon de
bois, sur le parking où auparavant les riches garaient leurs véhicules !
Le premier jour où elles se sont installées, le dirigeant des vendeurs de
charbon de bois les a haranguées. "Frères et sœurs, s’est-il exclamé, ne
craignez rien ! Nous sommes nombreux à vendre ici, dans cette rue.
Permettons à tous ceux qui ont toujours été forcés de vendre plus loin, au
pied des camions, à tous ceux qui ont toujours été rejetés loin du marché,
de venir s’installer ici, au centre-ville, avec nous. Permettons-leur de
venir occuper un emplacement dans les rangs que nous avons formés et nous
verrons bien si les fonctionnaires du marché osent dire quoi que ce soit !
Je n’ai qu’une chose à dire à tous ceux qui viendront nous rejoindre : je
ne veux pas entendre quelqu’un parler de peur ! Si nous restons unis et
fermes, nous n’avons rien à craindre !" Sur quoi tous les vendeurs
indigènes se sont levés d’un bond, lui répondant joyeusement "Nous sommes
avec toi !"

Ce qui fait que tôt tous les matins, tous ces gens venaient s’installer en
rangs bien ordonnés et étendaient soigneusement leurs marchandises par
terre.

Arriva finalement le jour où l’administrateur du marché est revenu. Comme
c’était le chef responsable du marché et de toutes les rues avoisinantes,
il s’est planté devant le premier vendeur de charbon de bois qu’il a
trouvé et lui a demandé qui l’avait autorisé à venir vendre ici. "Personne
n’a à nous donner d’autorisation puisque nous appartenons à une
organisation, lui a rétorqué le vendeur." L’autre a hurlé : "De quelle
putain d’organisation tu parles ? Enlève-moi toute cette merde de là et
fous le camp avant que je m’énerve ! Je ne veux pas entendre un mot de
plus de qui que ce soit, bande de trouillards. Tu vas obéir, fils de
pute ?"

Mamma mia, il était vraiment hors de lui ! Après un instant, le vendeur
lui a répondu avec fermeté : "Non, nous ne bougerons pas d’ici, nous
sommes pauvres et humbles et nous avons besoin de vendre pour pouvoir
manger." Alors, le dirigeant des vendeurs de charbon de bois a pris la
parole, s’adressant calmement au responsable du marché : "Tu te montres
bien courageux, aujourd’hui, mais quand les zapatistes étaient là, tu n’as
pas dit un mot parce que tu t’es caché sous les jupes de ta femme. Tu n’as
rien osé dire jusqu’à maintenant. C’est qui, alors, le trouillard ? Il
vaudrait peut-être mieux pour toi que tu la fermes, parce que si tu
n’arrêtes pas de jacasser on s’arrangera pour que le chef des zapatistes
sache comment tu t’appelles et nous lui ferons savoir le genre d’homme que
tu es. Tu gagneras peut-être aujourd’hui, mais tu ferais bien de penser à
ce que ça va te coûter plus tard !"

Boudiou ! Jamais auparavant un Indien n’avait parlé de cette façon à
l’administrateur ! Il a commencé à trembler, va-t-en savoir si c’était de
peur ou de rage, et puis il a fait volte-face et a disparu sans un mot,
entraînant avec lui tous ses collecteur de taxes.

Les choses en sont restées là jusqu’à début mars. Grâce aux zapatistes,
les Indiens sont en train d’apprendre à redresser la tête…

Merci beaucoup et à demain.

Sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, le 2 janvier 2009.


--
Traduit par Ángel Caído.
Diffusé par le Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
(CSPCL, Paris) - 33, rue des Vignoles - 75020 Paris - France
assemblée (hebdomadaire et ouverte) le mercredi à partir de 20 h 30
http://cspcl.ouvaton.org
cspcl@altern.org

samedi 3 janvier 2009

Communiqué du CCRI-CG de l'Armée zapatiste de libération nationale


Communiqué du CCRI-CG de l'Armée zapatiste de libération nationale,
après quinze ans de son soulèvement armé.


(Transcription du message lu en espagnol par le commandant David et en
tzotzil par le commandant Javier.)

Les zapatistes, les peuples indigènes qui se sont proposés de lutter pour
un monde meilleur et plus humain, sont de plus en plus persécutés et
attaqués dans tous les domaines par les mauvais gouvernants de notre pays,
par les puissants et par les partis politiques.

Quinze ans durant, nous avons dû constamment affronter les menaces, le
harcèlement et les persécutions ainsi que les attaques lancées contre nous
par l'armée et les groupes paramilitaires. Le mauvais gouvernement, les
partis politiques et leurs alliés, parmi lesquels il y a même des gens
pauvres, ne cessent de nous attaquer de toutes sortes de manières dans le
but de stopper les progrès de notre lutte et de détruire notre base
sociale, les peuples en résistance.

Quinze ans durant, le mauvais gouvernement a créé, financé et entraîné des
groupes paramilitaires dans toutes les communautés, qui ont pour fonction
de provoquer, de menacer et de diviser nos peuples.

Pour tenter d'affaiblir notre base sociale, le mauvais gouvernement n'a
cessé de distribuer des aumônes à travers ses programmes d'assistance aux
familles affiliées aux partis politiques, dans le but de contenter et de
faire taire les gens pauvres et d'apaiser leur faim.

Le mauvais gouvernement a tenté de convaincre nos bases de soutien en
achetant leur conscience, en leur promettant de meilleures conditions de
vie afin qu'elles oublient leurs morts et leurs justes revendications. Il
y a malheureusement des frères indigènes qui sont tombés dans le piège
tendu par le mauvais gouvernement et qui croient que leurs conditions de
vie vont s'améliorer sans avoir à lutter.

Mais nous les zapatistes, nous n'avons pas pris les armes pour demander
des miettes ou pour que l'on nous traite de mendiants. Nous, nous nous
battons pour une véritable démocratie, une véritable liberté et pour une
véritable justice pour tous. Nous luttons pour le bien de l'humanité et
contre le néolibéralisme. Nous luttons pour un monde plus juste et plus
humain. Pour un monde où aient leur place tous les habitants de notre
planète.

Les mauvais gouvernements, les puissants, eux qui se considèrent seigneurs
et maîtres de tout, s'acharnent à piller les richesses de nos peuples, à
ravager la nature et à détruire l’humanité.

Il est nécessaire et urgent que tous les gens bons et honnêtes de notre
pays et de tous les pays du monde unissent leur parole, leurs luttes, leur
résistance et leur digne rage. Nous avons l'espoir qu'un autre monde est
possible.

C'est pourquoi nous demandons et invitons tous nos frères et sœurs, tous
les compañeros et compañeras du Mexique et du monde à s'organiser et à
s'unir, au sien de leurs communautés, contre un ennemi commun. Il nous
faut cependant chercher la manière et les mécanismes qui permettent d'unir
et de mondialiser nos luttes, nos résistances et notre rébellion.

Ce ne sera possible que si nous nous proposons d'unir nos pas et de lutter
ensemble sans qu'importent les temps et la distance que nous
rencontrerons.

Frères et sœurs, compañeros et compañeras, faisons marcher nos étendards
de lutte, faisons fortes et grandes notre lutte, notre résistance, notre
digne rage et rébellion.

Nous les zapatistes, les peuples originaires de ces terres, nous allons
poursuivre la lutte que nous avons commencée. Nous allons continuer à
résister avec dignité et rébellion aux coups que nous porte le mauvais
gouvernement.

Au long de ces quinze ans pendant lesquels on n'a cessé de nous frapper,
nous avons appris à résister et à survivre, mais nous l'avons fait aussi
parce que nous avons compté avec le soutien et la solidarité de nombreux
frères et sœurs au Mexique et dans le monde.

C'est de cette manière que nous avons commencé à construire nos autonomies
aux différents niveaux, au niveau de la santé, de l'éducation, de la
commercialisation de nos produits et dans l'autogouvernement de nos
peuples.

À force de beaucoup d'efforts et en affrontant de grandes difficultés,
nous avons essayé de faire quelques pas en avant, mais cela ne suffit pas
encore pour résoudre les problèmes et satisfaire les immenses besoins de
nos communautés.

Nos autorités ont tenté de résoudre les problèmes de nos communautés et de
satisfaire certains de leurs nombreux besoins, mais la plus grande partie
de nos besoins n'a toujours pas trouvé de solution. La faim, la misère et
les maladies ne cessent d'augmenter jour après jour.

En dépit de tout cela, nous poursuivons notre lutte parce que nous ne
trahirons pas le sang versé par nos morts qui se sont battus au point de
donner leur vie pour la démocratie, la liberté et la justice. Nous
suivrons l'exemple de nos frères et de nos sœurs et nous resterons fidèles
à notre devise, lutter pour la patrie ou mourir pour la liberté.

Comité clandestin révolutionnaire indigène - Commandement général
de l'Armée zapatiste de libération nationale.

Du Caracol II, Oventic, zone des Altos de Chiapas, Mexique.
Le 1er janvier de l'année 2009.


--
Traduit par Ángel Caído.
Diffusé par le Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
(CSPCL, Paris) - 33, rue des Vignoles - 75020 Paris - France
assemblée (hebdomadaire et ouverte) le mercredi à partir de 20 h 30
http://cspcl.ouvaton.org
cspcl@altern.org
listes d'information : http://listes.samizdat.net/sympa/info/cspcl_l
http://listes.samizdat.net/sympa/info/cspcl-fr

mardi 30 décembre 2008

Le Monde Diplomatique (fr) Dossier - Qui sont les anarchistes ? illustré par les oeuvres de l'artiste polynésien Paskua



Date Sun, 28 Dec 2008 17:06:59 +0100 (CET)



Le prochain numéro du « Monde diplomatique » (janvier 2009, en vente en
kiosques : 4,50 euros), contiendra un dossier de cinq pages : « Qui
sont les anarchistes ? », illustré par des oeuvres de Paskua.


Au sommaire de ce dossier :
? « Appellations peu contrôlées », par Jean-Pierre Garnier ;
? « Une indocilité contagieuse », par Claire Auzias ;
? « CNT, les clés de l?énigme espagnole», par Angel Herrerín López ;
? « En Extrême-Orient aussi? », par Cho Se-hyun ;
? « L?infréquentable Pierre-Joseph Proudhon », par Edward Castleton ;
? « Honte au suffrage universel ! », texte inédit de Proudhon.
Ces textes seront disponibles en accès libre sur le site Internet du « Monde
diplomatique » (http://www.monde-diplomatique.fr) début mars 2009.

En revanche, dès les premiers jours de janvier, pourront être lus sur le site
Internet du « Monde diplomatique » (http://www.monde-diplomatique.fr) les textes
suivants :
? « Une tradition révolutionnaire et philosophique », par Daniel Colson ;
? « L?écologie anarchiste d?Elisée Reclus », par Philippe Pelletier.

Premier Festival mondial de la digne rage L’autre politique, celle de la digne rage

Premier Festival mondial de la digne rage

L’autre politique, celle de la digne rage

John Holloway
mardi 30 décembre 2008.

L’autre politique, celle de la digne rage

1. Rage, rage, rage.

Rage comme celle des jeunes en Grèce dans les dernières semaines. Rage face à la violence de la police, rage face aux bas salaires et au manque de chances de s’en sortir.

Rage aujourd’hui face au massacre des Palestiniens par l’armée israélienne à Gaza. Rage face aux cinq ans de tuerie et de destruction en Irak.

Rage, rage ici, tous les jours. Rage face à la répression d’Atenco et aux cent douze ans de prison infligés à Ignacio del Valle. Rage face au viol des compañeras qui luttent pour une vie digne. Rage face à la violence quotidienne de la police. Rage face à la destruction des forêts. Rage face au racisme, rage face au fossé obscène entre les revenus des riches et la misère des pauvres, rage face à l’arrogance des puissants. Rage parce qu’ils sont en train de transformer un pays magnifique en un pays pourri, un pays où vivre, c’est vivre dans la peur.

Rage parce que ce n’est pas seulement le Mexique, mais le monde entier qui pourrit, qu’on est en train de détruire. Rage parce que nous vivons dans un monde fondé sur la négation de l’humanité, la négation de la dignité. Rage parce que la seule façon de survivre est de se vendre. Rage parce que la crise de ce système se traduit par plus de pauvreté, plus de violence, plus de frustration.

2. Rage, rage, rage. La rage brise. La rage brise la victime. Avant l’explosion de rage nous sommes victimes, victimes du système capitaliste. Tout ce que nous pouvons faire en tant que victimes c’est de souffrir, de demander des changements, de formuler des revendications. En tant que victimes, nous avons besoin d’un leader, d’un parti. En tant que victimes nous espérons un changement dans le futur, une révolution dans le futur.

Par le cri de rage nous rompons avec ça, nous disons : « Non, nous ne sommes pas des victimes, nous sommes des humains, ça suffit de vivre comme ça, ça suffit de souffrir ! Nous n’allons plus rien demander à personne, nous n’allons plus formuler de revendications, nous n’allons plus attendre la révolution dans le futur, parce que le futur n’en finit pas d’arriver. Nous allons changer les choses ici et maintenant. »

Rage, digne rage. La rage anticapitaliste est une digne rage, parce qu’elle rompt avec la condition de victime, parce qu’elle porte déjà le désir d’autre chose, d’un monde différent, parce que derrière les cris et les barricades il y a autre chose, la construction d’autres rapports sociaux, la création d’une autre façon de faire, d’une autre façon d’aimer.

3. La rage est le seuil de la dignité. Mais la rage seule n’est pas suffisante parce qu’elle ne crée pas encore les fondations d’un autre monde, qu’elle ne crée pas encore la base pour résister à la réintégration au capitalisme. Elle ouvre la porte à une politique radicalement autre, à une façon de faire radicalement différente, mais le plein développement de la digne rage ne signifie pas seulement le cri de « Non, nous n’acceptons pas, nous ne nous soumettons pas ». C’est aussi le « Nous allons faire autre chose, nous allons vivre d’une manière qui ne colle pas avec le capital. Nous luttons contre le capitalisme non seulement avec des manifestations et des pierres mais aussi (et peut-être surtout) en construisant autre chose. Nous luttons contre le capitalisme en vivant le monde que nous voulons créer. »

Ça suffit ! Ça suffit de vivre comme ça, de créer tous les jours un système qui est en train de nous tuer. Mais derrière le ¡Ya basta ! zapatiste, il y a autre chose, sans lequel le zapatisme n’aurait pas la force qu’il a. Derrière l’urgence du ¡Ya basta ! il y a une autre temporalité, la temporalité du « Marchons, ne courons pas, parce que nous allons très loin ». Le noyau du zapatisme, c’est la construction patiente d’un autre monde, la création ici et maintenant d’autres rapports sociaux. Les communautés zapatistes du Chiapas luttent contre le capitalisme en vivant le monde qu’elles veulent (et que nous voulons) créer. Elles luttent contre le capitalisme en allant au-delà du capitalisme. C’est ça, la digne rage.

Les zapatistes ne sont pas les seuls, évidemment. La digne rage existe partout. Elle existe dans tous les lieux et tous les moments où les gens disent « Non, nous n’allons pas accepter la domination du capital, ou de l’argent, nous allons faire autre chose ». Parfois c’est sur le Non qu’on met l’accent, parfois, c’est sur la construction d’autre chose. Parfois, c’est la rage qui s’exprime le plus clairement, parfois c’est la dignité, mais il importe de reconnaître l’unité, les lignes de continuité entre les deux types de lutte. C’est pourquoi la tolérance, l’antisectarisme doit être l’élément central de n’importe quelle politique de la digne rage. Nous voulons rassembler les deux aspects, la rage et la dignité, et la seule façon de le faire est de respecter les différentes formes de lutte.

4. La dignité n’est pas la dignité des victimes, mais celle des sujets actifs (et des sujettes actives). La politique de la digne rage, c’est-à-dire l’autre politique, est un cheminement qui laisse en arrière la politique des victimes, la politique des revendications, la politique des constantes dénonciations, la politique de leaders, de partis et d’État. La digne rage nous met au centre. Nous, hommes et femmes, créons le monde avec notre créativité, notre activité. C’est nous aussi qui créons le capitalisme qui nous tue : c’est pour cela que nous savons que nous pouvons arrêter de le créer. C’est aussi nous, hommes et femmes, qui créons la crise actuelle du capitalisme, ou plutôt c’est nous qui sommes la crise du capitalisme.

Il est important d’insister là-dessus parce que la crise constitue une menace très sérieuse pour l’autre politique. La crise nous tire vers la vieille politique de la gauche, vers la politique de la victime, la politique des revendications.

Il y a essentiellement deux façons de parler de la crise. La façon la plus évidente est de rejeter la faute sur les capitalistes et le capitalisme. La crise est la démonstration de l’échec du capitalisme. Il nous faut une révolution. Il faut faire la révolution de la façon la plus efficace possible. Et pendant ce temps, nous devons demander plus d’emploi, plus de dépenses sociales, des subventions pour les pauvres et non pour les riches. La compréhension de la crise comme leur crise à eux nous ramène à la politique de la victime, des revendications, de la révolution future.

L’autre façon, c’est de dire que non, ce n’est pas comme ça : c’est nous les responsables de la crise, et ce n’est pas que nous ayons à faire la révolution, car nous sommes déjà en train de la faire, et la crise est l’expression visible du fait que nous sommes en train de la faire. Le capitalisme est un système de domination, de subordination. Et de surcroît, il dépend d’une subordination toujours plus absolue de la vie au travail aliéné. S’il ne parvient pas à imposer cette subordination totale, il entre en crise ouverte.

Nous, hommes et femmes, nous sommes les insubordonnés, nous sommes la crise du capital. La grande crise de 29 a été le résultat de la vague d’insubordination qui s’est exprimée dans la révolution russe. La crise d’aujourd’hui est le résultat des vagues d’insubordination des quarante dernières années. La crise dans les deux cas est une crise masquée, masquée par l’expansion du crédit qui cache le lien entre l’insubordination et ses conséquences et donne à la crise de production l’apparence d’une crise financière. L’expansion du crédit est une sorte de pari sur l’exploitation future du travail, c’est-à-dire sur la subordination future de notre activité, un pari que le capital est en train de perdre. Nous sommes l’insubordination qui est la crise du capital, et nous n’allons pas nous subordonner.

Il vaut mieux assumer notre responsabilité. Ça nous aide à comprendre notre force : nous ne sommes pas les éternels perdants ; notre rébellion, notre insubordination, notre dignité sont en train de secouer le système. La crise du capital est l’expression de la force de notre dignité. Alors il ne faut pas regarder la crise comme l’écroulement du capitalisme, mais comme l’éruption de notre dignité, la naissance d’autre chose, d’autres rapports sociaux, des rapports sociaux fondés sur la dignité, sur la digne rage.

Le défi de l’autre politique est de renforcer ce processus, cette création d’un autre monde. Il ne peut être question de demander plus d’emploi ou plus d’État, parce que ceux-ci signifient le renouvellement de la subordination au capital. Nous ne demandons rien à personne, nous développons plutôt ici et maintenant l’insubordination créative, en étendant le plus que nous le pouvons les moments et les espaces où nous disons : « Nous n’allons pas nous subordonner aux injonctions du capital, nous allons faire autre chose, nous allons encourager l’aide mutuelle, la coopération, la création, contre le capital. » Ce n’est pas facile, ce n’est pas évident, mais c’est la direction dans laquelle il nous faut marcher, explorer. Avec rage, mais avec une rage qui ouvre d’autres perspectives, qui crée d’autres choses, une digne rage.

C’est en (se) posant des questions qu’on avance.

John Holloway

Mexico, Iztapalapa, Lienzo Charro, le 28 décembre 2008.

Traduit par el Viejo.

dimanche 28 décembre 2008

Alerte Crise Systémique Globale - Eté 2009 : Cessation de paiement du gouvernement américain


Alerte Crise Systémique Globale - Eté 2009 : Cessation de paiement du gouvernement américain
- Communiqué public GEAB N°28 (15 octobre 2008) -
15/10/2008


A l’occasion de la parution du GEAB N°28, LEAP/E2020 a décidé de lancer une nouvelle alerte dans le cadre de la crise systémique globale car nos chercheurs estiment qu’à l’été 2009, le gouvernement américain sera en cessation de paiement et ne pourra donc pas rembourser ses créditeurs (détenteurs de Bons du Trésor US, de titres de Fanny Mae et Freddy Mac, etc.). Cette situation de banqueroute aura bien évidemment des conséquences très négatives pour l’ensemble des propriétaires d’actifs libellés en dollars US. Selon notre équipe, la période qui s’ouvrira alors deviendra propice à la mise en place d’un « nouveau Dollar » destiné à remédier brutalement au problème de la cessation de paiement et de la fuite massive de capitaux hors des Etats-Unis. Ce processus découlera des cinq facteurs suivants qui sont analysés plus en détail dans le GEAB N°28 :

1. L’évolution récente, à la hausse, du Dollar US est une conséquence directe et provisoire de la chute des bourses mondiales

2. Le « baptême politique » de l’Euro vient juste d’avoir lieu donnant une alternative « de crise » au Dollar US, en tant que « valeur-refuge » crédible

3. La dette publique américaine s’enfle de manière désormais incontrôlable

4. L’effondrement en cours de l’économie réelle des Etats-Unis empêche toute solution alternative à la cessation de paiement

5. « Forte inflation ou hyper-inflation aux Etats-Unis en 2009 », là est la seule question.

Mais on peut déjà se faire une idée de l’évolution à venir en regardant l’Islande que notre équipe suit à la loupe depuis début 2006. Ce pays constitue en effet un bon exemple de ce qui attend les Etats-Unis, et également le Royaume-Uni. On peut considérer, comme d’ailleurs bon nombre d’Islandais aujourd’hui, que l’effondrement du système financier islandais est venu du fait qu’il était surdimensionné par rapport à la taille de l’économie du pays.

Evolution de l’inflation en Islande 2003-2008 - Source Banque centrale d’Islande

L’Islande s’est en fait prise en matière financière pour le Royaume-Uni [1]. Comme le Royaume-Uni en matière financière s’est lui-même pris pour les Etats-Unis et que les Etats-Unis se sont pris pour la planète entière, il n’est pas inutile de méditer le précédent islandais [2] pour appréhender le cours des évènements des douze prochains mois à Londres et Washington [3].

Nous assistons en effet actuellement à un double phénomène historique :

. d’une part, depuis le mois de Septembre 2008 (comme annoncé dans le GEAB N°22 de Février 2008), l’ensemble de la planète est désormais conscient de l’existence d’une crise systémique globale caractérisée par un effondrement du système financier américain et sa contagion au reste de la planète.

. d’autre part, un nombre croissant d’acteurs mondiaux entreprennent d’agir par eux-mêmes devant l’inefficacité des mesures préconisées ou prises par les Etats-Unis, pourtant centre du système financier mondial depuis des décennies. L’exemple du 1° Sommet de l’Euroland (ou Eurozone), qui s’est tenu Dimanche 12 octobre 2008 et dont les décisions, par leur ampleur (près de 1.700 milliards EUR) et leur nature [4], ont permis un retour de confiance sur les marchés financiers de toute la planète, est à ce titre tout-à-fait exemplaire du « monde d’après-Septembre 2008 ».

Carte des garanties de dépôts bancaires dans l’Union européenne Source AFP - 09/10/2008

Car il y a bien un « monde de l’après-Septembre 2008 ». Pour notre équipe, il est désormais évident que ce mois restera dans les livres d’histoire de l’ensemble de la planète comme celui « datant » le déclenchement de la crise systémique globale ; même s’il ne s’agit en fait que de la phase de « décantation », la dernière des quatre phases de cette crise identifiée dès Juin 2006 par LEAP/E2020 [5]. Comme toujours quand il s’agit de grands ensembles humains, la perception du changement par le plus grand nombre n’intervient que lorsque le changement est en fait déjà bien engagé.

En l’occurrence, Septembre 2008 marque l’explosion majeure du « détonateur financier » de la crise systémique globale. Selon LEAP/E2020, ce second semestre 2008 est en effet le moment où « le monde plonge au cœur de la phase d’impact de la crise systémique globale » [6]. Ce qui veut dire pour nos chercheurs qu’à la fin de ce semestre, le monde entre dans la phase dite de « décantation » de la crise, c’est-à-dire la phase où l’on voit les conséquences du choc se mettre en place. C’est de facto la phase la plus longue de la crise (entre trois et dix ans selon les pays) et celle qui va affecter directement le plus grand nombre de personnes et de pays. C’est l’étape qui va voir également se dégager les composantes des nouveaux équilibres mondiaux dont LEAP/E2020 présente deux premières illustrations graphiques dans ce GEAB N°28 [7].

Ainsi, comme nous l’avons répété à plusieurs reprises depuis 2006, cette crise est beaucoup plus importante, en termes d’impact et de conséquences, que celle de 1929. Historiquement, nous sommes tous les premiers acteurs, témoins et/ou victimes d’une crise qui affecte toute la planète, avec un degré sans précédent d’interdépendance des pays (du fait de la globalisation de ces vingt dernières années) et des personnes (le degré d’urbanisation, et donc de dépendance pour les besoins de base - eau, nourriture, énergie, ... - est aujourd’hui sans précédent dans l’Histoire). Cependant, le précédent des années 1930 et ses terribles conséquences destructrices semblent à nos chercheurs assez présents dans les mémoires collectives pour nous permettre, si les citoyens sont vigilants et les dirigeants lucides, d’éviter un bis repetita conduisant à une (ou des) conflagration(s) majeure(s).

Europe, Russie, Chine, Japon,... constituent sans aucun doute les acteurs collectifs pouvant d’assurer que l’implosion en cours de la puissance dominante de ces dernières décennies, à savoir les Etats-Unis, ne conduise pas la planète dans une catastrophe. En effet, à l’exception de l’URSS de Gorbatchev, les empires ont tendance à tenter vainement d’inverser le cours de l’Histoire quand ils sentent leur puissance s’effondrer. C’est aux puissances partenaires de canaliser pacifiquement le processus, ainsi qu’aux citoyens et élites du pays concerné de faire preuve de lucidité pour affronter la période très pénible qui se prépare.

Evolution des emprûnts des institutions financières US auprès de la Réserve fédérale américaine (08/01/1986 – 09/10/2008) - Source Federal Reserve Bank of St Louis

La « réparation d’urgence » des canaux financiers internationaux, réalisée avant tout par les pays de la zone Euro en ce début de mois d’Octobre 2008 [8], ne doit pas masquer trois faits essentiels :

. cette « réparation d’urgence », nécessaire pour éviter une panique qui menaçait d’engloutir tout le système financier mondial en quelques semaines, ne traite provisoirement qu’un symptôme. Elle ne fait qu’acheter du temps, deux à trois mois maximum, car la récession globale et l’effondrement de l’économie américaine (le tableau ci-dessus montre ainsi la vertigineuse croissance des fonds prêtés aux banques américaines par la Réserve fédérale) vont s’accélérer et créer de nouvelles tensions économiques, sociales et politiques qu’il faut traiter par anticipation dès le mois prochain (une fois les « paquets financiers » mis en oeuvre)

. même s’il était absolument nécessaire de remettre en marche le système de crédit, les gigantesques moyens financiers consacrés sur toute la planète aux « réparations d’urgence » du système financier mondial seront autant de moyens qui ne pourront pas être mis à disposition de l’économie réelle dans les mois à venir pour faire face à la récession globale

. la « réparation d’urgence » constitue une marginalisation, et donc un affaiblissement supplémentaire des Etats-Unis, puisqu’elle met en place des processus contraires à ceux prônés par Washington pour les 700 Milliards USD du TARP de Hank Paulson et Ben Bernanke : une recapitalisation des banques par les gouvernements (décision qu’Hank Paulson est obligé de suivre maintenant) et une garantie des prêts interbancaires (en fait les gouvernements de l’Euroland se substituent aux assureurs de crédits, une industrie au cœur de la finance mondiale et essentiellement américaine depuis des décennies). Ces évolutions détournent toujours plus de relais décisionnels et de flux financiers hors de l’orbite américaine à un moment où l’économie des Etats-Unis et l’explosion de leur dette publique [9] et privée en auraient plus que jamais besoin ; sans même parler des retraites qui s’envolent en fumée [10].

Le dernier point illustre comment, dans les mois à venir, les solutions à la crise et ses différentes séquences (financière, économique, sociale et politique) vont diverger de plus en plus : ce qui est bon pour le reste du monde ne le sera pas pour les Etats-Unis [11] et désormais, Euroland en tête, le reste du monde semble déterminer à faire ses propres choix.

Le choc brutal que générera la cessation de paiement des Etats-Unis à l’été 2009 est en partie une conséquence de ce découplage décisionnel des grandes économies du monde par rapport aux Etats-Unis. Il est prévisible et peut être amorti si l’ensemble des acteurs commencent dès maintenant à l’anticiper ; c’est d’ailleurs l’un des thèmes développés dans ce GEAB N°28. LEAP/E2020 espère seulement que le choc de Septembre 2008 aura « éduqué » les responsables politiques, économiques et financiers de la planète afin qu’ils comprennent qu’on agit mieux par anticipation que dans l’urgence. Il serait dommage que l’Euroland, l’Asie et les pays producteurs de pétrole, tout comme les citoyens américains d’ailleurs, découvrent brutalement au cours de l’été 2009, à la faveur d’un week-end prolongé ou d’une fermeture administrative des banques et bourses pour plusieurs jours sur le territoire américain, que leurs Bons du Trésor US et leurs Dollars US ne valent plus que 10% de leur valeur car un « nouveau Dollar » vient d’être instauré [12].


[1] L’Islande a adopté depuis plus de 10 ans tous les principes de dérégulation et de financiarisation de l’économie qui ont été développés et mis en œuvre aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Reykjavik était devenu une sorte de « Mini-Me » financier de Londres et Washington, pour reprendre le personnage du film très britannico-américain Austin Powers. Et les trois pays ont entrepris de jouer financièrement à « la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf », pour reprendre la fable de Jean de la Fontaine dont la fin est fatale à la grenouille.

[2] Ainsi la bourse islandaise s’est effondrée de 76% après avoir été fermée quelques jours pour « éviter » la panique ! Source : MarketWatch, 14/10/2008

[3] A ce titre, attardons-nous sur le montant du « paquet financier » annoncé par Londres, soit 640 milliards EUR dont 64 milliards EUR pour recapitaliser les banques et 320 milliards EUR pour renflouer les dettes à moyen terme de ces mêmes banques (source : Financial Times, 09/10/2008). Avec une économie en chute libre à l ’image du marché immobilier, une inflation galopante, des retraites par capitalisation qui s’évanouissent en fumée, et une monnaie au plus bas, à part accroître la dette publique et affaiblir encore plus la Livre, on voit mal comment cela peut « sauver » des banques déjà très mal en point. A la différence des banques des pays de la plupart de la zone Euro, le système financier britannique, comme son homologue américain, est au cœur de la crise, et non pas une victime collatérale. Et Gordon Brown peut bien jouer à Churchill et Roosevelt réunis (Source : Telegraph, 14/10/2008), mais dans sa méconnaissance évidente de l’Histoire, il oublie que ni Churchill ni Roosevelt n’étaient aux commandes de leurs pays depuis 10 ans quand ils ont dû affronter chacun leur « grande crise » (cela vaut d’ailleurs pour les Etats-Unis et l’administration Bush - Paulson et Bernanke inclus - qui viennent tous du « problème » et font donc très peu probablement partis de la « solution »). Sans compter que Roosevelt et Churchill organisaient les sommets comme Yalta ou Téhéran en laissant Français et Allemands à la porte, alors que c’est lui qui a dû rester à la porte du Sommet de l’Euroland.

[4] Source : L’Express, 13/10/2008

[5] Source GEAB N°5, 15/05/2006

[6] Source GEAB N°26, 15/06/2008

[7] LEAP/E2020 présente ainsi une synthèse de ses anticipations sur la phase de décantation de la crise grâce à une carte du monde de l’impact de la crise différenciant entre 6 grands groupes de pays ; ainsi qu’un calendrier anticipatif 2008-2013 des 4 séquences financière, économique, sociale et politique pour chacune de ces régions.

[8] Car c’est bien la zone Euro, l’Euroland, qui a permis d’arrêter la spirale de panique globale. Depuis des semaines, les initiatives américaines et britanniques se sont succédées sans effet. C’est l’irruption d’un nouvel acteur collectif, le « sommet de l’Euroland » et ses décisions d’envergure, qui ont constitué le phénomène nouveau et rassurant. C’est d’ailleurs un nouvel acteur que Washington et Londres ont systématiquement empêché d’émerger depuis le lancement de l’Euro il y a 6 ans. Et il a fallu toute une mise en scène diplomatique (réunion préalable, photo de groupe pré-sommet,... ) pour permettre au Premier Ministre britannique de faire croire qu’il n’était pas marginalisé dans ce processus, alors qu’il n’appartient de facto pas aux sommets de la zone euro. Dans ce GEAB N°28, LEAP/E2020 revient sur ce phénomène et les conséquences systémiques durables de la tenue du 1er sommet de l’Euroland.

[9] Le plan de sauvetage financier américain a déjà accru de 17.000 USD la dette de chaque Américain. Source : CommodityOnline, 06/10/2008

[10] Ce sont en effet 2.000 milliards USD de retraites par capitalisation qui ont disparu en fumée ces dernières semaines aux Etats-Unis. Source : USAToday, 08/10/2008

[11] En tout cas à court terme. Car notre équipe est persuadée que pour le peuple américain, à moyen et long termes, il n’est pas mauvais du tout que le système dominant à Washington et New-York soit fondamentalement remis en cause. C’est en effet ce système qui a plongé ce pays dans les problèmes dramatiques où des dizaines de millions d’Américains se débattent aujourd’hui, comme l’illustre parfaitement cet article du New York Times du 11/10/2008

[12] Même si c’est une mesure de peu d’ampleur par rapport à la perspective de cessation de paiement des Etats-Unis, ceux qui pensent qu’il est temps de réinvestir dans les marchés financiers peuvent trouver utile de savoir que le New York Stock Exchange vient de réviser tous ses seuils d’interruption des cotations pour cause de chute trop forte des cours. Source : NYSE/Euronext, 30/09/2008

Crise systémique globale : Nouveau point d’inflexion en Mars 2009 ’Quand le monde prend conscience que cette crise est pire que celle des années 1930


http://www.europe2020.org/spip.php?rubrique8&lang=fr

Crise systémique globale : Nouveau point d’inflexion en Mars 2009 ’Quand le monde prend conscience que cette crise est pire que celle des années 1930’
- Communiqué public GEAB N°30 (16 décembre 2008) -
16/12/2008


LEAP/E2020 estime que la crise systémique globale connaîtra en Mars 2009 un nouveau point d’inflexion d’une importance analogue à celui de Septembre 2008. Notre équipe considère en effet que cette période de l’année 2009 va être caractérisée par une prise de conscience générale de l’existence de trois processus déstabilisateurs majeurs de l’économie mondiale, à savoir :

1. la prise de conscience de la longue durée de la crise

2. l’explosion du chômage dans le monde entier

3. le risque d’effondrement brutal de l’ensemble des systèmes de pension par capitalisation

Ce point d’inflexion sera ainsi caractérisé par un ensemble de facteurs psychologiques, à savoir la perception générale par les opinions publiques en Europe, en Amérique et en Asie que la crise en cours a échappé au contrôle de toute autorité publique, nationale ou internationale, qu’elle affecte sévèrement toutes les régions du monde même si certaines sont plus affectées que d’autres (voir GEAB N°28), qu’elle touche directement des centaines de millions de personnes dans le monde ’développé’ et qu’elle ne fait qu’empirer au fur et à mesure où les conséquences se font sentir dans l’économie réelle. Les gouvernements nationaux et les institutions internationales n’ont plus qu’un trimestre pour se préparer à cette situation qui est potentiellement porteuse d’un risque majeur de chaos social. Les pays les moins bien équipés pour gérer socialement la montée rapide du chômage et le risque croissant sur les retraites seront les plus déstabilisés par cette prise de conscience des opinions publiques.

Dans ce GEAB N°30, l’équipe de LEAP/E2020 détaille ces trois processus déstabilisateurs (dont deux sont présentés dans ce communiqué public) et présente ses recommandations pour faire face à cette montée des risques. Par ailleurs, ce numéro est aussi comme chaque année l’occasion d’une évaluation objective de la fiabilité des anticipations de LEAP/E2020, qui permet de préciser également certains aspects méthodologiques du processus d’analyse que nous mettons en œuvre. En 2008, le taux de réussite de LEAP/E2020 est de 80%, avec une pointe à 86% pour les anticipations strictement socio-économiques. Pour une année de bouleversements majeurs, c’est un résultat dont nous sommes fiers.

La crise durera au moins jusqu’à la fin 2010

Comme nous l’avons détaillé dans le GEAB N°28, la crise affectera de manière diversifiée les différentes régions du monde. Cependant, et LEAP/E2020 souhaite être très clair sur ce point, contrairement aux discours actuels des mêmes experts qui niaient l’existence d’une crise en gestation il y a trois ans, qui niaient qu’elle soit globale il y a 2 ans et qui niaient il y a seulement six mois qu’elle soit systémique, nous anticipons une durée minimale de trois ans pour cette phase de décantation de la crise [1]. Elle ne sera ni terminée au printemps 2009, ni à l’été 2009, ni au début 2010. C’est seulement vers la fin 2010 que la situation commencera à se stabiliser et s’améliorer un peu dans certaines régions du monde, à savoir l’Asie et la zone Euro, ainsi que pour les pays producteurs de matières premières énergétiques, minérales ou alimentaires [2]. Ailleurs, elle continuera. En particulier aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, et dans les pays les plus liés à ces économies, où elle s’inscrit dans une logique décennale. C’est seulement vers 2018 que ces pays peuvent envisager un retour réel de la croissance.

Par ailleurs, il ne faut pas imaginer que l’amélioration de la fin 2010 marquera un retour à une croissance forte. La convalescence sera longue ; par exemple, les bourses mettront également une décennie à revenir aux niveaux de l’année 2007, si elles y reviennent un jour. Il faut se souvenir que Wall Street mit 20 ans à revenir à ses niveaux de la fin des années 1920. Or, selon LEAP/E2020 cette crise est plus profonde et durable que celle des années 1930. Cette prise de conscience de la longue durée de la crise va progressivement se faire jour dans les opinions publiques au cours du trimestre à venir. Et elle déclenchera immédiatement deux phénomènes porteurs d’instabilité socio-économique : la peur panique du lendemain et la critique renforcée des dirigeants du pays.

Evolution de la base monétaire des Etats-Unis et indication des crises majeures corrélées (1910 – 2008) - Source : Federal Reserve Bank of Saint Louis / Mish’s Global Economic Trends Analysis

Le risque d’effondrement brutal de l’ensemble des systèmes de pension par capitalisation

Enfin, dans le cadre des conséquences de la crise qui affecteront directement des dizaines de millions de personne aux Etats-Unis, au Canada, au Royaume-Uni, au Japon, aux Pays-Bas et au Danemark en particulier [3], il faut intégrer le fait qu’à partir de cette fin d’année 2008 vont se multiplier les nouvelles concernant les pertes massives des organismes gérant les actifs censés financer ces retraites. L’OCDE estime à 4.000 milliards USD les pertes des fonds de pension pour la seule année 2008 [4]. Aux Pays-Bas [5] comme au Royaume-Uni [6], les organes de surveillance des fonds de pension viennent de lancer des cris d’alarme demandant en urgence un accroissement des cotisations obligatoires et une intervention de l’Etat. Aux Etats-Unis, ce sont des annonces multiples d’augmentation des contributions et de diminution des versements qui sont émises à un rythme croissant [7]. Et c’est seulement dans les semaines à venir que nombre de fonds vont pouvoir faire réellement le décompte de ce qu’ils ont perdu [8]. Beaucoup s’illusionnent encore sur leur capacité à reconstituer leur capital à l’occasion d’une prochaine sortie de crise. En Mars 2009, quand gestionnaires de fonds de pension, retraités et gouvernements vont simultanément prendre conscience que la crise va durer, qu’elle va coïncider avec l’arrivée massive des « babyboomers » à la retraite et que les bourses ont peu de chance de retrouver avant de longues années leurs niveaux de 2007 [9], le chaos va s’installer dans ce secteur et les gouvernements vont se rapprocher de plus en plus de l’obligation d’intervenir pour nationaliser tous ces fonds. L’Argentine, qui a pris cette décision il y a quelques mois apparaîtra alors comme un précurseur.

Ces tendances sont toutes déjà en cours. Leur conjonction et la prise de conscience par les opinions publiques des conséquences qu’elles entraînent constituera le grand choc psychologique mondial du printemps 2009, à savoir que nous sommes tous plongés dans une crise pire que celle de 1929 ; et qu’il n’y a pas de sortie de crise possible à court terme. Cette évolution aura un impact décisif sur la mentalité collective mondiale des peuples et des décideurs et modifiera donc considérablement le processus de déroulement de la crise dans la période qui suivra. Avec plus de désillusions et moins de certitudes, l’instabilité socio-politique globale va s’accroître considérablement.

Enfin, ce GEAB N°30 présente également une série de 13 questions/réponses afin d’aider de manière quasi-interactive les épargnants/investisseurs/décideurs à mieux comprendre et anticiper les développements à venir de la crise systémique globale :

1. Cette crise est-elle différente des crises ayant précédemment affecté le capitalisme ?

2. Cette crise est-elle différente de la crise des années 1930 ?

3. La crise est-elle aussi grave en Europe et en Asie qu’aux Etats-Unis ?

4. Les mesures entreprises actuellement par les Etats du monde entier sont-elles suffisantes pour juguler la crise ?

5. Quels risques majeurs pèsent toujours sur le système financière international ? Et toutes les épargnes sont-elles égales face à la crise ?

6. La zone Euro constitue-t-elle une vraie protection contre les pires aspects de la crise et que pourrait-elle faire pour améliorer ce statut ?

7. Le système de Bretton Woods (sous sa dernière version des années 1970) est-il en train de s’effondrer ? L’Euro doit-il remplacer le Dollar ?

8. Que peut-on espérer du prochain G20 de Londres ?

9. Pensez-vous que la déflation soit actuellement la plus grande menace planant sur les économies mondiales ?

10. Pensez-vous que le gouvernement Obama sera en mesure d’empêcher les Etats Unis de sombrer dans ce que vous avez appelé la “Très Grande Dépression Américaine” ?

11. En termes de monnaies, au-delà de votre anticipation concernant la reprise de la chute du Dollar US dans les tout prochains mois, pensez-vous que la Livre Sterling et le Franc Suisse soient toujours des monnaies de statut international ?

12. Pensez-vous que le marché des CDS soit sur le point d’imploser ? Et quelles seraient les conséquences d’un tel phénomène ?

13. La “bulle des Bons de Trésor US » est-elle sur le point d’exploser ?



[1] Il est utile de lire au sujet de cette crise une très intéressante contribution de Robert Guttmann publiée au 2° semestre 2008 sur le site Revues.org, soutenu par la Maison des Sciences de l’Homme Paris-Nord.

[2] D’ailleurs ce sont les matières premières qui commencent à déjà relancer le marché du transport maritime international. Source : Financial Times, 14/12/2008

[3] Puisque ce sont les pays qui ont le plus développé les systèmes de retraite par capitalisation. Voir GEAB N°23. Mais c’est aussi le cas de l’Irlande. Source : Independent, 30/11/2008

[4] Source : OCDE, 12/11/2008

[5] Source : NU.NL, 15/12/2008

[6] Source : BBC, 09/12/2008

[7] Sources : WallStreetJournal, 17/11/2008 ; Phillyburbs, 25/11/2008 ; RockyMountainNews, 19/11/2008

[8] Source : CNBC, 05/12/2008

[9] Et nous ne mentionnons même pas l’influence de l’explosion de la bulle des Bons du Trésor US qui affectera également brutalement les fonds de pension. Voir Q&A, GEAB N°30.

jeudi 14 février 2008

VIA CAMPESINA


Vers la Souveraineté Alimentaire de la Polynésie ?
La Via Campesina, le mouvement paysan international, nous communique cet article:

Une réponse à la crise mondiale des prix alimentaires:
L'agriculture familiale durable peut nourrir le monde



(Rome, 14 Février 2008) Les consommateurs du monde entier ont vu les prix des denrées alimentaires de base augmenter d'une façon dramatique ces derniers mois, entraînant de grandes difficultés particulièrement au sein des communautés les plus pauvres. En un an, le prix du blé a doublé et celui du maïs a augmenté de 50%.

Cependant la production n'est pas en crise. Les statistiques démontrent que la récolte de céréales n'a jamais été aussi abondante qu'en 2007 (1).

Les prix augmentent pour diverses raisons. D'abord, une partie de plus en plus importante de la production est actuellement détournée pour la fabrication d'agro-carburants; les réserves mondiales d'aliments sont au niveau le plus bas depuis 25 ans suite à la dérégulation des marchés par l'OMC et certains pays exportateurs comme l'Australie ont connu de mauvaises récoltes en raison d'accidents climatiques. Par ailleurs, les prix augmentent parce que des entreprises financières spéculent sur l'alimentation du monde, misant sur la perspective d'une offre insuffisante. La production alimentaire, sa transformation et sa distribution tombent de plus en plus sous la coupe de compagnies transnationales qui monopolisent les marchés.

*La tragédie des agro-carburants:
ils nourrissent les moteurs, pas les peuples*

Les agro-carburants, (/les carburants produits à partir des plantes, de l'agriculture et des forêts/) nous sont présentés comme la réponse à la crise pétrolière et au réchauffement climatique. Toutefois de nombreux
scientifiques et institutions admettent aujourd'hui que leur pouvoir énergétique et que leur influence sur l'environnement seront limités ou carrément négatifs. Malgré cela, le monde économique se rue vers ce
nouveau marché qui entre en compétition directe avec les besoins alimentaires des populations. Le gouvernement indien envisage de planter 14 millions d'hectares de Jatropha, La Banque inter-américaine de Développement estime que le Brésil dispose de 120 millions d'hectares qui pourraient être cultivés pour des récoltes destinées aux agro-carburants et le lobby des agro-carburants parle déjà de 379 millions d'hectares disponibles dans quinze pays Africains (2). La demande actuelle de maïs pour la production d'éthanol représente déjà 10% de la consommation mondiale, ce qui fait monter les prix.

Les agro-carburants industriels sont une absurdité économique sociale et environnementale. Leur production devrait être arrêtée et la production agricole devrait être dirigée en toute priorité sur l'alimentation.

*Tous les producteurs ne profitent pas de ces augmentations de prix*

Les prix records des aliments frappent les consommateurs/trices, et contrairement à ce qu'on pourrait attendre, ils ne bénéficient pas non plus à tous les producteur/trices. Les éleveurs de bétail sont en crise
suite à l'augmentation du prix des aliments pour bétail, les producteurs de céréales voient le prix des engrais augmenter et les paysans sans terres ainsi que les travailleurs agricoles se voient dans l'impossibilité d'acheter les aliments de base. Les agriculteurs/trices vendent leur production bien au dessous du prix que payent les
consommateurs. La COAG, la Coordination espagnole des agriculteurs et des éleveurs a calculé que les consommateurs/trices espagnol(e)s payaient jusqu'à 600% de plus que le prix payé aux producteur/trices.

Les producteurs/trices et les consommateurs/trices ont besoin de prix justes et stables, et pas de l'instabilité actuelle. Les paysan(ne)s ne peuvent produire quand les prix sont trop bas, comme cela a souvent été le cas au cours des dernières décennies. Par conséquent ils ont besoin d'une régulation des marchés qui va à l'encontre des politiques de l'OMC

Ce sont les entreprises agro-industrielles et la grande distribution qui profitent en premier lieu de l'augmentation des prix alimentaires actuelle parce qu'elles augmentent leurs prix bien au delà de ce qu'elles devraient le faire. Le prix des aliments descendra-t-il lorsque les prix agricoles baisseront? Les grandes entreprises peuvent stocker des quantités de produits et les mettre sur le marché quand les prix sont élevés, ce qui leur permet de spéculer.

*La "libéralisation" du commerce agricole provoque la crise *

La crise actuelle montre bien que la "libéralisation" du commerce agricole entraîne la faim et la pauvreté. Les pays sont devenus très dépendants des marchés globaux. En 1992, les paysan(ne)s indonésien(ne)s produisaient assez de soja pour satisfaire la demande nationale. Le tofu et le 'tempeh' produits à partir du soja constituent une part importante de la diète quotidienne dans l'archipel. En adoptant la doctrine
néolibérale, le pays a ouvert ses frontières aux importations alimentaires, permettant au soja américain à très bas prix d'inonder le marché. Ceci a détruit la production nationale. Aujourd'hui 60% des fèves de soja consommées en Indonésie sont importées. En janvier dernier les prix records du soja des États Unis ont causé une crise nationale quand les prix du tofu et du 'tempeh' (la "viande du pauvre") ont doublé en quelques semaines. Le même scénario se répète pour de nombreux autres pays comme pour la production de maïs au Mexique.

*La dérégulation et la privatisation* des mécanismes de protection ont également contribué à la crise actuelle. Les réserves nationales alimentaires ont été privatisées et sont maintenant gérées comme des multinationales. Celles-ci spéculent au lieu de protéger les producteur/trices et les consommateurs. De la même façon, les mécanismes de prix garantis sont démantelés partout dans le monde sous le dictat des politiques néolibérales, ce qui expose producteurs/trices et les consommateurs/trices à une instabilité extrême des prix.

*Le temps de la Souveraineté Alimentaire est arrivé!*

Devant les perspectives d'augmentation de la population mondiale jusqu'en 2050 et face à la nécessité d'affronter les changements climatiques, le monde devra produire plus d'aliments dans les années qui viennent. Les paysans et les paysannes sont capables de relever ce défi comme ils l'ont fait dans le passé. De fait, la population mondiale a doublé au cours des 50 dernières années mais les producteurs/trices ont augmenté la production de céréales à un rythme encore plus rapide.

Pour La Via Campesina, l'alimentation doit prévenir de l'agriculture paysanne durable afin de protéger la subsistance, les emplois et la santé des populations ainsi que l'environnement. La nourriture ne peut pas être abandonnée au contrôle des grandes entreprises du secteur alimentaire et de la grande distribution. Les OGM et l'agriculture industrielle ne fournissent pas d'aliments sains et continuent à détériorer l'environnement. Par exemple, la nouvelle "révolution verte" promue par AGRA en Afrique (nouvelles semences, engrais chimiques et grands programmes d'irrigation) ne résoudra pas la crise. Au contraire, elle l'aggravera. Par ailleurs, des recherches récentes montrent que les petites exploitations biologiques sont au moins aussi productives que
les fermes conventionnelles. D'aucuns estiment même que la production alimentaire mondiale pourrait augmenter jusqu'à 50% grâce à l'agriculture durable. (3)

Pour éviter une crise alimentaire majeure, les gouvernements et les institutions publiques doivent adopter des politiques spécifiques afin de protéger la production de l'énergie la plus importante au monde: la nourriture!

*Les gouvernements doivent développer, promouvoir et protéger la production locale *afin de réduire la dépendance face aux marchés mondiaux. Cela implique le droit de chaque pays ou union à contrôler les importations et le devoir de mettre fin à toute forme de dumping alimentaire.

*Ils doivent également mettre en place (ou maintenir) des mécanismes de régulation ou de gestion des marchés *tels que la constitution de stocks de sécurité et des prix minimum garantis pour créer des conditions
stables pour les producteurs/trices.

Selon Henry Saragih, co-ordinateur général de Via Campesina et leader du Syndicat des Paysans Indonésiens, << *les paysan/nes ont besoin de terres pour produire et alimenter leur communauté et leur pays. *Il est temps de mettre en oeuvre de vraies réformes agraires pour permettre aux familles paysannes de nourrir le monde>>.

Pour Ibrahim Coulibaly, président de la Coordination Nationale des Organisations Paysannes (CNOP) du Mali:

La Via Campesina estime que la solution de la crise actuelle des prix de l'alimentation réside dans la Souveraineté Alimentaire. La Souveraineté Alimentaire est le droit des personnes à une alimentation saine et
appropriée aux cultures locales, produite par des méthodes écologiquement intelligentes et durables. Elle est aussi le droit des gouvernements à définir leurs propres politiques agricoles et alimentaires sans endommager l'agriculture d'autres pays. Elle place les aspirations et les besoins de ceux qui produisent, distribuent et consomment la nourriture au coeur des systèmes de production et des politiques, plutôt que selon la demande des marchés et des corporations.
La Souveraineté Alimentaire met en priorité les économies et les marchés locaux et nationaux. Elle garanti également l'autonomie de décision qui leur correspond. aux paysans et à une agriculture et à une production alimentaire gérée par des familles de fermiers,

*Pour plus amples informations et pour des interviews à Rome de dirigeantes et dirigeants du mouvement paysan international*

La délégation de Via Campesina à Rome : +393487276117
http://www.viacampesina.org

(1) Les Chambres d'Agriculture - France: http://paris.apca.chambagri.fr/
(2) Grain: www.grain.org
(3) "Shattering Myths: Can sustainable agriculture feed the world?":
www.foodfirst.org

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lundi 11 février 2008

Communiqué du FSP



L'appel du WSF (World Social Forum) en date du 26 Janvier 2008 pour une journée d'actions mondiale a été l'occasion fournie pour créer le Forum Social Polynésien et pour constituer un comité pour l'organisation d'un prochain Forum Social en Polynésie.
Les organisations de luttes contre la violence faite aux femmes, de protection de l'environnement, des victimes des essais nucléaires, les organisations syndicales et culturelles du Fenua ont été sollicitées à participer et nous y trouvons en général un écho favorable qui semble indiquer le besoin de fédérer les actions locales et de les relier aux organisations internationales et aux autres mouvements planétaires.
Profitant de la campagne électorale des représentants à l'assemblée territoriale de Polynésie Française, le Forum Social Polynésien a interpellé chacun des leaders des partis politiques locaux sans qu'il y ait eut jusqu'à présent la moindre réponse qui lui ait été communiquée par l'un d'entre eux.
Le FSP constate qu'aucun parti politique polynésien, qu'il soit "autonomiste" ou "indépendantiste", n'émet la moindre critique contre le système économique et social néo-libéral qui génère oppression et injustice, racisme et violence, désastres sociaux et environnementaux.
Seuls quelques membres de l'UPLD ont pris contact avec nous pour aborder le sujet de la décolonisation des territoires de Polynésie Française mais ne semblent pas relier d'évidence la situation de domination coloniale à une critique du système qui l'engendre.
Le FSP constate que les programmes des partis politiques ne sont pas issus des revendications des luttes sociales sur le territoire et que les électeurs, tout en usant de leur droit de vote, assistent sans débattre au spectacle des hommes et femmes politiques qui se sont accaparés la légitimité de les diriger pour le profit de quelques-uns.
Le FSP exprime la nécessité de l'exercice d'une démocratie directe en Polynésie Française en privilégiant la parole des femmes.
Le FSP s'étonne de l'ingèrence outrancière de l'état français dans la campagne électorale que constituent les différentes initiatives de son secrétaire d'état chargé de l'outre-mer.
Le FSP suggère la formation de comités de quartiers autonomes pour débattre des possibilités de réappropriation:
- des espaces de productions agricoles, artisanales, et des lieux de pêche et des moyens de distribution et d'échange;
- des espaces d'éducation et d'organisation communautaire sur le fenua;
- des lieux d'habitation et de vie;
- des espaces culturels et de création;
et mettre sur pied les moyens démocratiques d'une autogestion de ces espaces reconquis pour un développement durable au profit de tous.
Le FSP encourage également la création de réseaux d'informations alternatifs devant le monopole d'un groupe de presse privé sur le territoire.
Le FSP rappelle qu'il n'est affilié à aucun parti politique et n'appartient à aucune obédience religieuse et qu'il s'inscrit dans le "mouvement des mouvements" que constitue le World Social Forum.
Le FSP exprime sa solidarité avec les organisateurs des forums publics fidgiens qui en sont sytématiquement empêchés par des menaces et des intimidations.
Le Forum Social Polynésien est en marche pour une autre Polynésie possible dans un autre monde possible ! Le FSP vous salue !
Ia Orana !